Les anciens États de l’Afrique orientale et australe

Par Benjamin Hennon,

1 ¦ Objectifs de la leçon

A la fin de la leçon, l’élève doit être capable de :
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume de Zimbabwe (Monomotapa), et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume du Buganda, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume du Rwanda, et ses principales caractéristiques.

2 ¦ Introduction

Baignée par l’océan Indien, cette partie de l’Afrique est en contact avec les régions du golfe Persique, de l’Asie du Sud-est et de l’Asie centrale, dès le 2e millénaire av. J.-C., comme l’indique la présence de plantes originaires de ces régions. On suppose que ce sont des populations austronésiennes et indonésiennes venues s’installer sur la côte orientale qui les ont emmenées.  À cette première vague migratoire, succède, au début de notre ère, une installation progressive, sur la côte orientale, de populations africaines d’agriculteurs pratiquant la métallurgie du fer et la poterie qui s’intensifie jusqu’au Moyen-Âge.

Des populations bantouesarabes et persanes s’installent ainsi sur la côte, ce qui favorise le développement d’un commerce océanique entre la côte et l’intérieur des terres, ainsi que l’apparition de sociétés étatiques et politiques complexes, et une civilisation spécifique : la culture swahili. Des Etats-cités tels Kilwa, Songo Mnara, Mombasa, etc. sont associés à cette culture swahili. En dehors des Etats-Cités swahilies établies sur la côte longeant l’océan Indien, un grand royaume intérieur se développe : le royaume du Zimbabwe (ou royaume Monomotapa).

3 ¦ Le royaume de Zimbabwe (Monomotapa) (XIe – XVIIIe siècle)

3.1. Contexte historique

L’émergence de ce royaume s’explique par sa situation favorable. En effet, c’est une région de plateaux aux températures fraîches, aux sols fertiles et aux pluies abondantes ce qui constitue des conditions idéales pour l’agriculture et l’élevage. La civilisation fondatrice de cet ancien royaume est très peu documentée, et l’origine des constructions en pierre qu’on y a trouvée reste encore un mystère. On sait seulement qu’une population bantouphone d’éleveurs de moutons s’installe au Ier siècle après J.-C. dans cette région située entre le fleuve Limpopo au sud et le fleuve Zambèze au nord, suivie aux Xe et XIsiècle par une population d’éleveurs de bovins et de métallurgistes. Ces derniers vivent dans des habitats faits de boue séchée et de pisé, et exploitent les nombreux gisements d’or et de cuivre de la région.

Le royaume de Monomotapa atteint son apogée au XVsiècle grâce au commerce de l’or, époque où sera érigé le site en pierre du Grand Zimbabwe (XIV-XVe siècles). Mais la région manque de stabilité et des entités plus ou moins indépendantes se battent pour sa suprématie. Le désordre à l’intérieur du pays a des conséquences sur le commerce côtier et la pression des commerçants portugais et arabes commence à changer l’équilibre des forces dans la région. Au début XVIe siècle, une série de conflits armés oppose les différentes entités politiques sous le joug des souverains du Grand Zimbabwe. Trois entités tentent d’imposer leur hégémonie : les royaumes de Manica, d’Uteve et de Mwene Mutapa. C’est ce dernier qui se démarque, et Mwene Mutapa devient le souverain du royaume. À la mort de Mutapa, la capitale est déplacée vers le Nord. Son fils Matope est un grand conquérant.

Le Grand Zimbabwe a été la capitale du royaume de Zimbabwe.source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Great-Zimbabwe-ruins-outer-walls-3-1200.jpg

À la même époque, les Portugais installent des comptoirs le long de la côte indienne, construisant une forteresse à Sofala. Les conflits jouent en faveur des colons portugais qui lancent des campagnes entre 1572 et 1597 pour prendre le contrôle des mines d’or. D’autres groupes de populations comme les Zimba prennent également les armes contre Mwene Mutapa, qui doit finalement s’allier aux Portugais pour maintenir son royaume, leur donnant en contrepartie accès à de nombreuses mines.

L’empire Monomotapa décline pour des causes internes : luttes entre factions rivales et épuisement de l’or des rivières qu’il contrôle. Le commerce de l’or est ensuite remplacé par le commerce des esclaves. À cette époque, les États arabes de Zanzibar et Kilwa deviennent dominants dans la région grâce à la traite des Noirs vers l’Arabie, la Perse et l’Inde.

En 1629, le royaume de Zimbabwe, en déclin, est obligé de reconnaître la souveraineté portugaise. Il ne retrouvera jamais son indépendance même si Mutota et ses successeurs étendent leur hégémonie dans la région fondant le royaume de Zimbabwe qui va perdurer jusqu’au XVIIIe siècle. Les derniers représentants des familles royales établissent le royaume Mutapa au Mozambique, parfois appelé « Karanga ». Les rois Karanga s’appellent mambo et vont régner sur la région jusqu’en 1902.

3.2. Organisation politique et sociale

Le Mwene Mutapa est généralement choisi par le Conseil des anciens. « Mwene » signifie « Seigneur » en langue bantoue, et « Mutapa » « Pillage » en langue locale, ce qui s’expliquerait par le fait qu’il se soit imposé dans la région en menant une série de razzias. Mais son nom pourrait également signifier « Minerais métallifères », une explication plausible compte tenu du fait que les mines de cuivre et d’or ont joué un rôle non négligeable dans le développement des sociétés de cette région. « Mutapa » devient le titre de ses successeurs ainsi qu’un terme géographique désignant le territoire et son royaume. Si le royaume possède une organisation centralisée, dotée d’une administration, d’une armée et d’institutions étatiques, c’est le lignage dominant qui monopolise les fonctions politiques (ex : les Rozwi). Le Mwene Mutapa peut compter sur les chefs locaux (les Fumu).

3.3. Économie

Le Zimbabwe est un grand royaume qui s’est développé grâce à l’exploitation des gisements d’or et de cuivre de la région. L’exploitation des salines et la métallurgie du fer, du plomb, de l’or et du cuivre assurent aux élites politiques et économiques une prospérité importante. L’agriculture et l’élevage représentent également une des activités principales de la société zimbabwéenne.

L'or ayant servi a réalisé le célèbre rhinocéros d'or, datant du XIIe siècle et retrouvé dans l'actuelle Afrique du Sud, provient du royaume du Zimbabwe.source: Mapungubwe Collection – University of Pretoria (à vérifier)

Le commerce peut bénéficier d’un réseau reliant la côte aux Indes, à l’Asie du Sud-est, à l’Arabie et à l’Europe qui permet l’échange de produits divers (perles, étoffes en coton, etc.) venus des Indes ou des confins de la Chine. Les échanges interrégionaux occupent eux aussi une place importante dans l’économie de la région. Une taxe de circulationla curva est imposée aux commerçants étrangers portugais.

4 ¦ La région des Grands lacs

Cette vaste région, composée de savane boisée et de lambeaux de forêts semi-tropicales, couvre une série de grands lacs africains, dont les principaux sont les lacs Kyoga, Victoria, Turkana, Rushwa, Thema, Wamara, Edouard, Kivu, Albert et Georges. Ce système lacustre est interconnecté au grand fleuve Nil. C’est aussi une région montagneuse sur laquelle se trouve la grande faille géologique de la Rift Valley. Cette région est également dotée d’un environnement très fertile et des conditions climatiques favorables aux cultures.

Propice au développement de foyers de peuplement, cet espace est occupé dès la préhistoire comme le révèlent différents témoins de la présence de chasseurs-cueilleurs ou les anciennes traces du travail du fer remontant au VIIIe siècle après J.-C. On y retrouve des populations de langues Bantu, nilotiques et nilo-sahariennes.

L’histoire ancienne de la région des Grands Lacs est très complexe. Elle est caractérisée par la présence d’États, de sociétés lignagères et segmentaires ainsi que de vagues migratoires de peuples pasteurs et d’agriculteurs qui se succèdent dans le temps pour occuper ces régions très fertiles.

D’après les mythes, on recense notamment l’existence des premières chefferies d’agriculteurs. Chefferies qui seront supplantées par des États à dominance pastorale. Concernant les origines des formations politiques dans la région, les traditions orales transmises par les clans dominants, dont le prestigieux royaume du Rwanda, le Lusoga, Nkole, Bunyoro (dans l’actuel Ouganda), et le Buganda nous permettent d’en imaginer les lignes principales :

  • L’œuvre civilisatrice et la formation des États prennent leur source chez des pasteurs immigrés (identifiés comme des Nilotiques) qui ont apporté le principe de la royauté, des éléments de la religion et l’importance de la vache. Mais il est avéré que l’éclosion et le développement d’États plus ou moins centralisés ne sont pas uniquement l’œuvre des pasteurs migrants.
  • Plusieurs entités politiques d’agriculteurs de langue bantoue ont mis en place une organisation complexe. La formation d’États parmi ces sociétés d’agriculteurs serait même antérieure aux vagues migratoires des communautés d’éleveurs qui auraient déferlé dans cette région au XVIe siècle. En effet, en termes de mobilité sociale, un agriculteur peut devenir pasteur en acquérant du bétail, et l’inverse était aussi possible lorsqu’un pasteur perd son bétail.
  • Il existe également une mobilité entre lignages et clans. Des pactes permettent à des familles d’adhérer au clan ou au lignage de leur choix. Ainsi, les clans ne sont pas nécessairement composés de descendants de mêmes ancêtres.

Au XIXe siècle, les royaumes les plus importants sont le Rwanda, le Burundi, le Bunyoro, le Bushi et le Buganda.

Dans la région des grands lacs, plusieurs États coexistent comme le Burundi, le Rwanda, l’Ankole, le Bunyoro et le Buganda.

5 ¦ Le Buganda (XIVe siècle – XIXe siècle)

5.1. Contexte historique

Ce royaume, qui a donné son nom à l’actuel Ouganda, est situé au nord-ouest du lac Victoria. Il aurait été fondé par l’ancêtre mythique Kintu au XVe – XVIe siècle. Les populations à l’origine de ce royaume sont les Ganda ou Baganda (Ganda est le singulier de Baganda). Le préfixe « Bu » devant le terme Ganda désigne un lieu, un espace géographique dans toutes ces sociétés de la région de Grands Lacs. Ainsi le terme Buganda renvoie à un espace géographique occupé par les Ganda.

Bien avant que la seigneurie des Baganda n’établisse son hégémonie régionale, on recense aux périodes plus anciennes la chefferie de Bangaizi peuplée de Bachwezi et celle des Basita qui règnent dans la région des Grands Lacs.

  • Les Bangaizi contrôlent les sites des salines, le commerce du bétail et les gisements de fer. La capitale, Mwenge, est située près des Monts Ruwenzori.
  • Le Basita est renommé pour sa maîtrise de la métallurgie du fer, qui a assis sa prééminence politique dans cet espace géographique.

Ces chefferies seront ensuite conquises par Ruhenga, qui fonde la dynastie des Tembuzi. Toutefois la région va passer sous la domination du Bunyoro vers le XIVe siècle. Le Bunyoro apporte des changements sociopolitiques importants dans la région, notamment un système monarchique centralisé. Entre 1350 et 1500, le Bunyoro domine une partie de la région des Grands Lacs, formant un véritable empire. Vers le XVIe siècle, une autre vague migratoire de populations venues de la région du Nil envahit le Bunyoro. Il s’agit des populations Luo. Cela entraine la désintégration de l’empire dont les frontières politiques se resserrent sur le royaume Bunyoro. Les Luo fondent la dynastie des Babito. L’effondrement de l’empire favorise aussi l’indépendance des anciens États vassaux : Ankole, Karagwa, Busoga et Buganda.

Le royaume de Buganda, situé à l’est du Bunyoro, commence alors à s’agrandir. Grâce aux conditions écologiques favorables permettant l’élevage et les cultures agricolesles souverains Ganda réussissent à centraliser le pouvoir, à réduire les luttes de succession et à stabiliser le royaume. C’est cette capacité de neutraliser les luttes de succession qui a permis la stabilité de cette monarchie dont l’essor eut lieu au XVIe ou XVIIe siècle. L’expansion du royaume, à l’ombre du Bunyoro dont il était vassal, se fait par processus graduel en parallèle aux razzias des Arabes musulmans et à l’esclavage.

Ce petit royaume, qui construit son hégémonie grâce à la désintégration du royaume Bunyoro va devenir une nouvelle puissance régionale des Grands Lacs. Son apogée correspond à son expansion sur les lacs Victoria, Kioga et Albert. Cette expansion, qui eut lieu au tournant du XIXe siècle, sous le règne du roi Kamanya, (règne 1798- ?) lui permit de contrôler les voies commerciales et avoir le monopole du trafic. Sous le roi Muteza Ier (règne : 1856-1884), petit-fils de Kamanya, le processus de centralisation du royaume arrive à son terme. Il développe des relations commerciales avec les Britanniques installés sur la côte indienne et dote son armée de fusils achetés à Zanzibar. Plus favorable à l’islam, il accepte néanmoins que les missionnaires protestants et plus tard les pères blancs s’installent dans son royaume. Le royaume du Buganda devient allié et partenaire de la colonisation britannique.

Il est difficile de parler du déclin de ce royaume, car bien que le Buganda passe sous protectorat britannique, devenant ainsi une colonie, le souverain a gardé certains privilèges et pouvoirs sous la colonisation. En effet, l’administration coloniale s’appuie sur ce royaume fort et prospère pour asservir les autres entités politiques comme les Lusoga. Sous la pression coloniale désireuse de réduire les avantages de ce royaume et de le faire disparaître au profit d’un Etat colonial,  le roi Mutesa II va s’y opposer en proposant que le traité de protectorat britannique soit annulé. Il sera exilé à Londres. Mais face aux revendications persistances, le roi sera réinstallé. Ce royaume a fini par se diluer à l’indépendance, en 1962, dans la nouvelle république. Mais des revendications d’autonomie n’ont pas cessé et continuent d’alimenter l’histoire de l’Ouganda moderne.

5.2. Organisation politique et sociale

La royauté n’est pas héréditaire. Le roi porte le titre de Kabaka ce qui au départ est un titre de noblesse. Parmi les regalia du roi, on trouve une couronne ancienne, des tambours, des flèches, des lances et autres objets royaux.

Le collège électoral du roi est composé du Katikiro, qui est le deuxième personnage du royaume, une sorte de Premier Ministre et du Mougenia, le chef du plus grand clan. La reine mère a un rôle important à la cour.

5.3. Économie

Outre les travaux artisanaux du tissage, et de la forge, l’économie est essentiellement agricole et tournée sur les rives du lac Victoria.

Le commerce de l’ivoire et des esclaves est aussi très important, et est monopolisé par la cour royale.

Au XVIIIe siècle, le royaume Buganda est connecté au réseau commercial au nord menant vers l’Egypte et à l’est traversant la Tanzanie jusqu’à la côte de Zanzibar. Mais ce réseau est peut-être beaucoup plus ancien, car les cauris provenant de la côte Swahili, qui sont utilisés comme monnaie, avaient une grande importance dans les transactions commerciales liées à la traite négrière.

6 ¦ Le Rwanda (XVe – XIXe siècle)

6.1. Contexte historique

Comme les informations sur le royaume du Rwanda nous sont parvenues grâce à la tradition orale, il est parfois difficile de démêler le mythe des réalités historiques.  Même si l’histoire contée ne rend pas compte de toutes les dynamiques sociales, économiques et politiques qu’a connues cet espace, elle permet une reconstitution historique des chroniques des rois successifs et des traditions royales dans cette région.

Ruganzu II ndoli est le fondateur de la monarchie héréditaire du Rwanda au XVIe ou début XVIIe siècle.source: https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/56/IKIRENGE_cultural_monument.jpg

L’histoire du royaume de Rwanda est aussi  liée aux mouvements migratoires de groupes d’agriculteurs et d’éleveurs qui ont eu lieu entre le Xe et le XVIe siècle (Kitara, Bachwezi, Ruhinda et Rwanda). Le royaume connait une série d’extensions entre le XVe et le XIXe siècle. La tradition, récoltée au XXe siècle, mentionne que le Mwami Ruganzu « le conquérant » (1510 -1543 ou 1600-1623) est l’un des fondateurs d’une monarchie héréditaire au Rwanda. Il mène des attaques sur les chefferies de la région. Le royaume voit son territoire officiellement placé sous l’hégémonie de l’Allemagne en 1896. Son déclin n’intervient pas directement avec la pénétration européenne. Le royaume survit avec une certaine autonomie durant la colonisation allemande et belge. Ce n’est que suite aux troubles sanglants menés par la classe paysanne en 1961 et la déclaration de l’indépendance qui a suivi que ce royaume ancien d’Afrique de l’Est disparait.

6.2. Organisations politique et sociale

Le royaume est dirigé par le Mwami qui est assisté par les abiiru, les gardiens des traditions, des conseillers, et par les administrateurs des entités inférieures. Il y a aussi la corporation ubwiiru, rassemblant les conseillers chargés de conduire les rites consacrés à la prospérité du royaume. La reine mère possède aussi un rôle important à la cour. L’institution socioreligieuse Bwami est influente au sein de la société et la structure. Au niveau administratif, la capitale Nyanza est au centre du pouvoir.

Le royaume du Rwanda est une société féodale. Certains seigneurs possèdent des domaines fertiles dans lesquels les paysans travaillent. Cette situation de dépendance foncière des paysans fait en sorte que les seigneurs sont les personnes les plus riches  de la société.

Au XIXe siècle, l’institutionnalisation de la corvée (uburetwa) auprès des masses paysannes donne lieu à la subdivision de la société en classes sociales renforçant le sentiment d’appartenance aux communautés Hutu ou Tutsi :

  • la masse paysanne et vassale formant la communauté Hutu
  • et la classe dirigeante celle des Tutsi.

6.3. Économie

Lorsqu’il y a une saison trop pluvieuse ou une sécheresse prolongée, les cultures agricoles sont durement touchées. Les périodes de disettes liées à cet ennemi mortel permanent qu’est la famine sont gravées dans la mémoire collective des populations de cet espace. Famines et sécheresses perturbent l’organisation sociopolitique et entraînent des mutations économiquespolitiques et territoriales, contribuant à l’influence grandissante des éleveurs dans la région.

Posséder une vache est devenu un critère de richesse, et donc un élément d’emprise politique sur la production agricole.

7 ¦ Résumé

  • Le royaume de Zimbabwe (Monomotapa) (XIe – XVIIIe siècle) connait son apogée au XVe siècle grâce au commerce de l’or. C’est à cette époque également qu’est construit le site en pierres du Grand Zimbabwe. Au XVIe siècle, des troubles armés entrainent une instabilité dans le royaume. Parallèlement, les Portugais établissent des comptoirs le long de la côte indienne et tentent de prendre le contrôle des mines d’or. En 1629, le Monomotapa doit accepter un quasi-protectorat de la part des Portugais.
  • Le Buganda (XIVe – XIXe siècle) commence son expansion vers le XVIe siècle. Le royaume se stabilise et connait des conditions écologiques favorables à son développement. Suite à la désintégration du royaume voisin, dont il était vassal, le Bunyoro, le Buganda va devenir une des puissances de la région. Au XIXe siècle, le Buganda développe des relations commerciales avec les Britanniques. Le Buganda deviendra un protectorat britannique.
  • Le Rwanda (XVe – XIXe siècle) est lié aux migrations d’agriculteurs et d’éleveurs qui ont lieu en le Xe et le XVIe siècle. Entre le XVe et le XIXe siècle, le royaume s’agrandit et devient l’un des principaux États de la région. En 1896, le Rwanda signe un traité, devenant un protectorat allemand.

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Les anciens États de l’Afrique centrale

Par Benjamin Hennon,

1 ¦ Objectifs de la leçon

A la fin de la leçon, l’élève doit être capable de :
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume Kongo, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace l’espace Téké, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume Kuba, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume Luba, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace lunda, et ses principales caractéristiques.

2 ¦ Introduction

L’Afrique centraleaustrale, mais aussi orientale ont accueilli diverses expériences de formation d’États au cours de leur histoire. Les savanes et les forêts étant favorables à la concentration de la population, elles ont offert de multiples opportunités d’évolution pour ces populations. Les chefferies et royaumes se sont ainsi multipliés dans la savane du sud et la forêt équatoriale.

La naissance d’un État du point de vue interne s’explique à la fois par le nombre élevé d’habitants (grande densité de population), les environnements productifs sur le plan agricole, les communications faciles entre communautés locales et interrégionales, et le commerce. Mais également par les sites favorables comme le terminus de navigation, l’embouchure des fleuves, les régions montagneuses, les vallées, les confluents des rivières, les lieux où l’on trouve des richesses particulières tels que les minerais, le sel, les pâturages. Ces lieux attirent les convoitises des voisins, dans la mesure où leur exploitation et commercialisation garantissent l’avenir des sociétés occupant ces espaces.

La plus ancienne sculpture en bois retrouvée d’Afrique centrale représente une tête d’animal. Elle date de 750 – 850. On ne sait pas à quoi elle pouvait servir.source: PO.0.0.14796, collection MRAC Tervuren ; MRAC Tervuren ©

Mais il ne faut pas oublier l’initiative des dirigeants qui, s’appuyant sur divers modes de pouvoir, ont contribué à la centralisation politique et donc à la formation des États. Dans ce monde en mutation, la complexité du pouvoir a souvent nécessité la mise en place d’une force militaire qui permette d’imposer sa domination sur les autres, mais également la maîtrise des moyens techniques supérieurs : les armes en fer perfectionnées et les outils qui facilitent le travail dans les champs. Les forgerons et autres fabricants d’armes ont donc une place importante dans les chefferies puissantes.

D’autres États se sont formés du fait d’influences externes. Bien que nous commencions seulement à comprendre comment se déroule le processus de centralisation politique, l’Afrique centrale n’est pas absente de l’histoire des foyers de formation des États dans le monde. La formation de ces États d’Afrique centrale se caractérise par un processus d’intégration politique et économique complexe et varié marqué par l’intensification de la hiérarchiel’expansion et l’intégration territoriale, la spécialisation économique, le contrôle du travail, les communications de longue distance, les échanges culturels et une formulation d’idéologies d’État.

Du fait de la production grandissante, du contrôle, de la circulation et de la commercialisation des produits, des États se sont créés, mettant en place des organisations toujours plus complexes et moins souples que les organisations lignagères des villages qui sont présentes jusque-là dans ces régions. Si certaines sociétés lignagères ne se sont pas centralisées politiquement et économiquement, d’autres ont utilisé la centralisation comme un levier pour créer des institutions politiques très élaborées. Parmi celles-ci figurent les États de KubaKongoLuba et Lunda.

Plusieurs structures politiques s'établissent en Afrique centrale bien avant l'arrivée des Européens.

3 ¦ Le royaume Kongo (XIVe – XIXe siècle)

Le royaume Kongo est l’une des organisations sociopolitiques d’Afrique centrale qui a joué un rôle crucial dans l’évolution historique de la région. À cheval sur les territoires actuels de la RDC, du Congo-Brazzaville, et de l’Angola, ce royaume est organisé autour d’un ensemble d’agglomérations nommées « mbanza » et de provinces, dont les principales sont Sundi, Pangu, Bata, Soyo, Pemba et Bamba.

Son histoire est très bien documentée grâce aux écrits des missionnaires européens, des commerçants, de l’élite et des souverains du Kongo, et grâce aussi aux nombreuses études historiques qui lui ont été consacrées.

3.1. Contexte historique

1.Origine et naissance du royaume

Des populations, établies dès le IIe siècle avant J.-C. dans la région, parlent des variantes de la langue Kikongo et des communautés fondées sur l’agriculture s’y installent depuis le Ier siècle avant J.-C. L’origine du royaume semble remonter à 1375 avec Ntinu Wene Nimi Lukeni, prince et fils d’un souverain du Royaume de Bungu, au nord du fleuve Congo. Avec son armée, il s’impose comme leader incontesté de cet espace géographique et constitue le royaume Kongo en s’alliant à quelques chefs autochtones. La formation du royaume a également été facilitée par le fait que les peuples présents sur ce territoire partagent des cultures et des langues proches. Une autre tradition rapporte qu’un forgeron, fondateur de la première dynastie régnante, s’impose dans la région grâce à l’apport de techniques métallurgiques.

Les émissaires du Portugal sont reçus à la Cour du roi du Kongo.source: HP.1952.76.65, collection MRAC Tervuren

Le royaume est très tôt en contact avec l’Europe et développe une civilisation authentique qui suscite respect et curiosité chez les Européens. À l’arrivée des Portugais au XVsiècle, le royaume dispose déjà de structures solidement établies qui contribuent à la centralisation politique du territoire. Le roi Nzinga a Nkuwa (1482 – 1506) est intéressé par ces Portugais, et demande qu’ils lui envoient des missionnaires et des artisans. Il se fera baptiser sous le nom de Joao Ier. Des échanges économiquesculturelsreligieux et politiques soutenus par des relations diplomatiques s’établissent entre le Royaume Kongo, l’Espagne, le Portugal, le Brésil, le Saint-Siège et la France dès le milieu du XVIe siècle. Des diplomates du royaume Kongo sont envoyés en Europe, notamment Antoine Emmanuel Nsaku ne Vunda. Il est envoyé à Rome en 1604 et y meurt en 1608. La christianisation du royaume est favorisée par les prêtres envoyés par le Portugal établis dans les paroisses disséminées dans les provinces. Des missionnaires franciscains, dominicains, capucins et jésuites sillonnent également le royaume. A partir de 1509, le clergé catholique a même un pouvoir décisionnel dans la politique du royaume.

2. Ingérence du Portugal

Mais des mouvements de résistance voient le jour. A la mort de Joao Ier en 1506, c’est son fils, le prince Panzu qui monte sur le trône et refuse l’ingérence étrangère – notamment européenne – dans le royaume. Il est tué par le prince Nzinga Mbemba, un de ses frères. Celui-ci devient le second Ntinu chrétien du royaume Kongo sous le nom de roi Afonso Ier du Kongo (1506-1543).  Il s’appuie sur ses relations avec les Portugais et les missionnaires catholiques pour mener ce coup d’État et asseoir son pouvoir. Sous son règne le royaume se modernise, des écoles sont créées dans la capitale et les enfants issus de la noblesse et de la famille royale sont envoyés en Europe pour suivre leurs études. Certains deviennent à leur retour des interprètes officiels de la cour, à l’instar de Joao Texeira, secrétaire du roi Afonso Ier, qui rédige en portugais les correspondances adressées au roi du Portugal. Afonso Ier christianise également le royaume. Son filsDom Henrique, est ordonné prêtre et est élevé au rang d’évêque au sein de l’Église Catholique. Toutefois, les Portugais, dès 1510, achètent des esclaves et souhaitent développer le commerce. Afonso s’oppose à l’essor de la traite qui affaiblirait son royaume. Il tente d’expulser les trafiquants d’esclaves, mais en vain. Il meurt en 1543.

En 1665, le roi Antonio Ier se fera tué par les Portugais pour avoir remis en cause le traité.source: HO.2013.57.494, collection MRAC Tervuren , Tshibumba Kanda Matulu, Le royaume de Kongo et sont dernier roi Antonio 1ER vaincu à Ambuila en 1665 et sa tete est ramenée a Loanda par les Portugais, 1981, © Tshibumba Kanda Matulu (1947 – 1981) : Tous droits réservés

De plus en plus impliqués dans les affaires politiques de l’État, les Portugais viennent ensuite en aide à Nimi a Lukeni lua Mvemba, petit-fils d’Afonso Ier connu sous le nom de roi Alvaro Ier (1567-1587) pour contrer l’attaque des Jaga, qui envahissent le Kongo. Après avoir battu l’armée d’Alvaro, les Jaga atteignent la capitale et la détruisent. Le roi tente de résister, mais il est contraint de se retirer avec la noblesse dans une île du fleuve Congo tandis que les habitants de la capitale Mbanza-Kongo fuient dans les montagnes. Les Portugais aident alors Alvaro à repousser les Jaga et le rétablissent sur son trône. Pour les remercier de leur soutien militaire, les Portugais reçoivent les territoires du sud, situés dans le Royaume Ndongo, leur ouvrant un accès direct à la traite négrière.

La christianisation du royaume s’accélère, en même temps que le sentiment antireligieux exacerbé par le comportement de certains missionnaires qui n’hésitent pas à brûler les objets sacrés des populations rurales et imposent le sacrement du baptême.

3. Affaiblissement du royaume Kongo

Nzinga (1583 – 1663), reine du royaume Ndongo, voisin du Kongo, va lutter contre les Portugais et préserver l’intégrité de son territoire.source: Achille Deviéra, lithograph of Queen Ana Nzinga Mbande of Ndongo and Matamba (1583-1663, 1830 (public domain).

La traite négrière affaiblit la structure étatique du royaume sur le plan démographique, culturel, social et économique. La fondation de la colonie portugaise de l’Angola vers 1575 va marquer le déclin du Kongo. Les Portugais vont envahir militairement le Ndongo, royaume voisin du Kongo, début XVIIe siècle, époque où la traite négrière est de plus en plus intenseNzinga, reine du Ndongo en 1624, va lutter contre les Portugais, pendant de longues années, avant de conclure la paix avec les Portugais, assortie de garanties réelles. Parallèlement, la colonie portugaise de l’Angola va s’intéresser aux richesses du royaume Kongo, et commencent des incursions dès 1622, ce qui donne lieu à la bataille de Bumbi qui met fin à l’alliance entre le Kongo et la colonie portugaise d’Angola. Le roi Garcia II du Kongo (1641-1660) se rapproche des Néerlandais qui occupent Luanda, et ensemble, attaquent les Portugais. Toutefois, l’Angola réussit à battre

L’émissaire Dom Miguel de Castro a été envoyé auprès des Néerlandais, en 1643, afin de s’allier contre les Portugais. Un artiste hollandais en profite pour faire son portrait.source: KMS7 Ubekendt (1650-1700); Jaspar Beckx (1627-1647); Albert Eckhout (1610-1665), Don Miguel de Castro, Kongolesisk gesandt, Circa 1643

les Néerlandais en 1641, et le roi Garcia II va signer un traité de quasi-protectorat  en 1649. Son successeur, Antonio Ier (1660-1665) remet en cause le traité et se fera tuer par les Portugais, lors de la bataille de Mbwila, le 29 octobre 1665. S’ensuivent alors des guerres civiles, et des affrontements qui continuent à affaiblir le royaume. La capitale est même abandonnée pendant un moment. La pratique du christianisme chute en même temps. En 1700, les Portugais veulent restaurer l’unité du royaume Kongo, et choisissent de soutenir Pedro IV Alphonse (1709-1718) qui semble le plus qualifié. Mais le Royaume Kongo ne retrouve plus sa grandeur et ses territoires passés. Kimpa Vita, une princesse du Kongo va, au début du XVIIIe siècle lutter contre les Portugais. Elle veut unir et libérer le royaume Kongo de l’ingérence

portugaise, mais sera capturée et exécutée par les Portugais.  La colonisation, à la fin du XIXe siècle, fait éclater et disparaître le Royaume Kongo.

3.2. L’organisation politique et sociale

Le roi du Kongo, le Mani Kongo, pour le différencier des Mani provinciaux, est élu parmi la famille royale et se trouve au sommet de la hiérarchie. Les symboles de la royauté (regalia) sont le couvre-chef, le bracelet en cuivre, le sac des impôts, le tambour sacré et l’enclume royale. Le royaume est dirigé par une caste de nobles (princes et princesses), une assemblée élective du roi, des gouverneurs de provinces, des chefs de villages et une armée. La société est organisée en classes sociales composées de nobles, de paysans, de fonctionnaires et d’esclaves.

Administrativement, le royaume est organisé en agglomérations nommées (mbanza) et en provinces, composées de villages et de chefs-lieux. Les provinces se modifient au gré des alliances et des conquêtes. Les villes sont administrées et reliées entre elles par un réseau de communication. La capitale, Mbanza Kongo, se trouve dans la province de Mpemba. Elle compte 60 000 habitants au XVIIe siècle, ce qui la place parmi les villes les plus peuplées du monde à cette époque.

3.3. Économie

Les nombreux axes de communication qui traversent le royaume Kongo favorisent une économie prospère. Le Kongo dépend surtout des revenus issus du commerce de produits agricoles, des textiles et des minerais précieux.

Un impôt (mpaku) est collecté aux postes de péage (kimpaku) répartis sur les grands axes commerciaux, et les gouverneurs des provinces apportent à la capitale les revenus récoltés dans leurs entités administratives respectives.

En plus de ses ressources naturelles (bois, ivoire), le royaume dispose de gisements de fer et de cuivre. Les forgerons y ont donc un statut particulier, le roi étant le premier d’entre eux.

Le royaume a deux monnaies : l’une en coquillage (nzimbu) provenant d’une pêcherie de l’île de Luanda, dont le roi a l’exclusivité de la production, l’autre en carrés de tissu raphia  (mbongo) dont le circuit de production et son lien avec le pouvoir central sont encore mal définis.

La noblesse et les hauts fonctionnaires vivent dans la capitale. Tout comme le roi, ils possèdent des plantations où travaillent des esclaves.

4 ¦ L’espace Téké (XVe – XIXe siècle)

Lorsqu’on parle d’espace Téké, il ne s’agit pas d’une seule entité politique mais de plusieurs structures politiques étalées sur un espace géographique allant de l’est du Gabon au Pool Malebo en République Démocratique du Congo. Cet espace figure parmi les structures politiques qui ont joué un rôle économique essentiel en Afrique centrale et a développé une civilisation qui est l’une des plus anciennes du bassin congolais.

Le royaume Tio, le royaume de Makoko, l’anzicana ou le royaume des Anziques sont des appellations que l’on retrouve sur les cartes anciennes des XVIIet XVIIIe siècles, et font partie des organisations politiques Téké les plus illustres. Cet espace est voisin de celui de Loango à l’Ouest, du royaume Kongo au Sud et Sud-Est.

4.1. Contexte historique

On connait peu de choses sur l’origine et l’essor de l’espace Téké. L’espace Téké n’a pas de contact direct avec la mer, cet espace ne sera quasiment jamais visité par les explorateurs et les missionnaires européens avant le XIXe siècleAucune influence extérieure n’a justifié sa naissance ou le maintien de son unité. Le processus de formation étatique serait donc le fruit d’une longue évolution locale. La conviction des Tékés de partager une même culture et une même religion représentée par une forêt sacrale et mystique constitue le fondement de ce royaume qui est attesté depuis le XVe siècle dans les sources historiques du royaume Kongo.

Couteau en cuivre tékésource: EO.0.0.10641, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©

Au XVIIsiècle, le Royaume Téké connait une expansion vers le sud du fleuve Congo sur les deux rives du Pool Malebo. Le royaume se heurte à l’opposition des princes des territoires attenants du royaume Kongo et plus particulièrement de la province de Nsundi. Des batailles ont lieu durant la seconde moitié du XVIIe siècle pour le contrôle du Pool Malebo. Les Tékés, sous la direction du chef Ngobila, finissent par s’imposer et chassent de la plaine du Pool Malebo les groupes Kongo. La traite négrière s’intensifie, et les Téké deviennent des intermédiaires pour le trafic d’esclaves.

Au XVIIIsiècle, en revanche, les groupes Kongo de la province de Nsundi prennent le contrôle des mines de cuivre au sud du royaume. Le royaume Téké perd ainsi son monopole sur les mines de cuivre de Mindouli-Boko Songho.

Au XIXe siècle, la traite négrière prend fin, et les Téké se concentrent dès lors sur l’ivoire. Le roi des Tékés, le roi Iloo choisit la collaboration plutôt que la confrontation. En 1880, il négocie un traité avec la France par l’intermédiaire de l’explorateur Savorgnan de Brazza. L’exécution de ce traité sonne le déclin du royaume, la cour royale Téké n’a plus que des pouvoirs protocolaires. Avant sa mort en 1892, le roi Iloo épouse en secondes noces une jeune femme du nom de Ngassié. Cette dernière est intronisée reine et succède au roi Iloo sous le nom de Ngalifuru, jusqu’à sa mort en 1956.

4.2. Organisation politique et sociale

Chez les Téké, le pouvoir est pyramidal. Au sommet, on trouve l’Onkoo (la forme « Makoko » serait une déformation en langue Vili). Le roi est écouté et vénéré à la manière d’une divinité.

Appuie-tête à figurine tékésource: EO.0.0.14382, collection MRAC Tervuren ; photo J. Van de Vyver, MRAC Tervuren ©

Il est élu par les dignitaires (ministres et chefs), mais choisi par les ancêtres, il est initié à ses futures fonctions. Bien que le pouvoir soit héréditaire (lignée maternelle d’un défunt roi), le candidat doit présenter une bonne constitution physique, une conduite exemplaire, une allure autoritaire et doit être estimé du peuple. L’Onkoo détient les fonctions politiquesadministratives et religieuses. Il est théoriquement le maître de la terre et de toutes ses richesses. Son intronisation, sa mort et sa succession font l’objet de tout un cérémonial et d’un ensemble de rites. Après le roi, le pouvoir politico-administratif est détenu au niveau de chaque province par le Nnga-nkobi, ou gouverneur, qui transmet les ordres du roi aux chefs de lignage et de chefferies et via ceux-ci aux chefs de village. C’est le gouverneur qui apporte au roi les tributs et prestations de son peuple. La société est très hiérarchisée.

4.3. Économie

Fétiche tékésource: EO.0.0.609, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren ©

Le cuivre qui provient des mines de Mindouli-Boko Songo est recherché au même titre que l’or dans plusieurs régions d’Afrique, c’est ainsi que le contrôle de ces gisements a joué un rôle important dans l’histoire du royaume. Les Téké savent fondre le fer et le cuivre. Le travail de fonte du cuivre, attesté depuis le XIIIe siècle, y a perduré jusqu’au XIXsiècle.

Les Téké (terme qui signifierait « marchands » ou « vendeurs ») sont de grands commerçants. Ils servent aussi d’intermédiaires dans les réseaux commerciaux entre la côte et l’intérieur des terres. Ils font le commerce du cuivredu raphia, ainsi que des produits nouvellement introduits dans la région tels que le tabac et le maïs avec les régions du Bas-Kasaï et du haut fleuve Congo. Ils servent également d’intermédiaires lors des traites négrières, en fournissant des esclaves au royaume de Loango et au royaume Kongo.

Les Téké utilisent plusieurs monnaies : soit des barrettes de cuivre mitako, soit des pièces de raphia tissé tsulu, ou encore les coquillages olivancillaria nana appelés nzikè. Le tsulu est l’équivalent du mbongo des Kongo.

4.4. Croyances

Responsable devant les hommes, l’Onkoo l’est aussi devant les ancêtres qu’il représente.

Il est le seul grand prêtre des Téké, le grand détenteur des forces vitales et du nkwe-mbali, le génie tutélaire du peuple qui habiterait les chutes de la rivière Léfini, en amont de Mwabé.

5 ¦ Le royaume Kuba (XIIe (?) – XXe siècle)

Le royaume Kuba s’est développé sur un territoire compris entre la rivière Sankuru au nord et la rivière Luluwa au sud-ouest. Hormis l’ethnie principale qui compose ce royaume, il existe diverses formations ethniques : Leele, Pende Ding, Kete, Luba, Luluwa, Mongo. La langue Kuba est proche des parlers Mongo de l’Équateur.

Le royaume Kuba, aussi appelé royaume des Bushong est l’une des entités politiques les plus connues de l’Afrique centrale, tant pour ses activités artistiques que pour son art de cour : un art royal et aristocratique, dont la plupart des objets figurent aujourd’hui dans les musées et les collections privées en dehors du Congo.

5.1. Contexte historique

L’origine du royaume est controversée. D’après les traditions orales, il aurait été fondé vers le VIe siècle par des populations bantoues venues du nord de la rivière Kasaï. Sous le règne de Wootfondateur du Royaume Kuba, fils du ciel et de la terre, la femme se voit concéder une place prépondérante. Son neveu Nyimi Loong, de la dynastie Bushoong, monte ensuite sur le trône. Mais son règne est marqué par d’incessantes guerres de succession qui ne prennent fin qu’avec l’avènement d’un roi de l’ethnie Leele, Musha Mishaang Matuun.

Statuette Ndop représentant un personnage avec les attributs du roi Kuba, première moitié du XIXe siècle.source: EO.0.0.27655, collection MRAC Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©

Au XVIIsiècle, le roi Shyaam a Mbul a Ngwoong, s’inspire des structures sociopolitiques des régions du Bas-Kasaï et de l’espace Kongo pour perfectionner l’organisation du royaume et introduire des nouveautés sociales, politiques et linguistiques. Il rapporte également du Bas-Congo la culture du maïs, du manioc, des haricots, du tabac, le tissage, la broderie, de nouveaux styles de forge et de sculpture sur bois. Le royaume atteint son apogée entre les XVIIIet XIXsiècles grâce au commerce à longue distance avec la colonie portugaise d’Angola. C’est aussi à cette époque que le terme kuba s’est généralisé pour identifier la population de ce royaume.

Des guerres civiles au début du XXe siècle fragilisent le royaume. Malgré des invasions Luluwa rapidement matées, le royaume se retrouve vulnérable face à l’armée coloniale de Léopold II. le roi Kot a Pefarouche résistant à l’occupation coloniale, est vaincu en 1902, et fait prisonnier et déporté à Lusambo en 1907. Un accord de paix est négocié avec l’État indépendant du Congo.

5.2. Organisation politique et sociale

Le roi, qui est une personne sacrée, a un pouvoir politique et judiciaire, mais il n’est pas seul à décider. Le roi Shyaam impose aux dignitaires du royaume de résider dans la capitale.

La gestion de la chose publique est basée sur des institutions contrebalançant le pouvoir royal. Elle repose sur quatre structures :

  • le conseil de couronnement (Ibaam) dont le rôle est d’élire, d’introniser et de conseiller le roi.
  • la structure chargée des affaires courantes (Ishyaame) qui s’apparente à un gouvernement ;
  • le conseil national (Ibaanc) qui se tient sur la Grand-Place de la capitale et auquel tout le monde peut participer ;
  • et enfin le conseil (Mbok Ilaam) qui se tient dans l’enceinte de la cour royale et qui n’est pas accessible au grand public.
Le roi des Kuba est une personne sacrée.source: HO.2013.57.490, collection MRAC Tervuren , Tshibumba Kanda Matulu, Le royaume de Bakuba et son roi, 1974, © Tshibumba Kanda Matulu (1947 – 1981) : Tous droits réservés

L’organisation se perfectionne par la suite sous une forme plus centralisée autour du roi.

Le roi accède au trône après avoir été élu, malgré le caractère héréditaire de la succession au sein de la famille royale. Le nouveau roi n’accède au trône qu’après le décès naturel ou provoqué du précédent. La succession se fait par ailleurs selon le système matrilinéaire : le pouvoir passe au fils de la sœur du roi, en tenant compte de l’âge et de la moralité du candidat. La reine mère joue aussi un rôle important dans la gestion des affaires du royaume.

Le système judiciaire intervient à deux niveaux de prise de décision : au niveau local et au niveau de la capitale. Le roi n’intervient qu’en dernier ressort. Le roi Shyaam transforme le système judiciaire en introduisant les jurys, composés de délégués des parties en conflit.

5.3. Économie et art

Masque de féticheur kuba entièrement recouvert d’ornements en perles et cauris.source: EO.0.0.407, collection MRAC Tervuren ; photo Studio R. Asselberghs - F. Dehaen, MRAC Tervuren ©

Le tissage est une activité tellement connue dans cet espace bantu que le terme kuba finit par désigner les populations de ce royaume. Vers les XVIIIet XIXe siècles, les Bushong sont appelés du nom commun « tisserands » (bakuba) par les populations voisines. Ils sont experts en tissage d’étoffes, de tapis, de nattes. Les tapisseries ornées de dessins shoowa, les sculptures aux décors géométriques variés, les masques et les statuaires (représentation des rois appelés ndop), contribuent également à la célébrité de la culture kuba.

Les arts kuba jouissent d’une telle réputation que les œuvres des Bushoong sont connues  sur toute la côte, dans le Bas-Kasaï et jusqu’à Luba. Certaines pièces (tissus en velours, sculptures) sont même collectées et vendues par les antiquaires européens depuis 1890. Elles sont exposées dans le salon d’honneur de l’exposition de Bruxelles à Tervuren en 1897.

L’un des réseaux commerciaux du royaume Kuba est l’Angola, ce qui suscite l’intérêt des Portugais installés dans cette région depuis le XVIe siècle. Ceux-ci tentent à plusieurs reprises de nouer des liens commerciaux directs avec eux pour éviter de recourir à des intermédiaires tels que les Kongo, les Tshokwe, les Pende et les Imbangala de Kasanje.

6 ¦ Le royaume luba (XVIe – XIXe siècle)

6.1. Contexte historique

L’identité luba remonte au VIIIe siècle après J.-C., lorsque des travailleurs du cuivre forment des villages autour du lac Kisale, tandis que des agriculteurs s’implantent sur les hauts plateaux très fertiles. Ces communautés villageoises se structurent en entités politiques dans un paysage constitué de savane et de lambeaux de forêts comme en témoignent les insignes du pouvoir, dont des haches de parade retrouvées dans des tombes du IXe siècle. La richesse alimentaire des cours d’eau et des lacs de la dépression de l’Upemba permet aux communautés humaines d’y maintenir un niveau de vie élevé pendant plusieurs siècles.

Des chefferies se développent sur place et sont à l’origine des groupes culturels à la base du royaume Luba. Ces formations vivent d’échanges commerciaux et matrimoniaux. Des signes monétaires (comme les croix de cuivre) apparaissent à cette époque.

Les traditions orales divergent quant à la fondation, au début du XVIe siècle, du royaume Luba. Pour les uns, le fondateur serait Kongolo (chef des Kalundwe) pour les autres, ce serait Kalala Ilunga. Originaire de l’est vers les lacs Moero et Tanganyka, ce dernier serait à l’origine de l’introduction de nouvelles techniques, comme l’art de la forge.

Masque luba, XIXe siècle.source: EO.0.0.6794, collection MRAC Tervuren ; photo R. Asselberghs, MRAC Tervuren ©

Au XVIIe siècle des troubles apparaissent dans la région en raison, d’une part de sécheresses et de famines qui entrainent des vagues migratoires plus ou moins importantes, et, d’autre part, des guerres de succession dans les chefferies du royaume. L’empire Luba serait né au XVIIIe siècle des conquêtes des territoires kanyok au nord-ouest et des migrations des leaders luba vers les rives de la rivière Lubilash. D’autres États font également partie de ce grand ensemble : Kayumba, Mulongo, Butumba, etc.

Son expansion s’arrête avec la montée en puissance des Songye. La tradition rapporte qu’ils vainquent le roi Kadilo et s’imposent dans toute la région, influençant même la succession chez les Luba.

La présence de commerçants arabes contribue également à la déstabilisation du royaume. Ces derniers mènent en effet des razzias et des campagnes militaires à Mulongo, et participent à la guerre fratricide qui sévit dans la région.

L’empire commence à s’effriter en raison des guerres de succession. L’espace luba est divisé en deux grands ensembles, l’un dirigé par Kasongo Kumwimba, l’autre par Kasongo Nyembo. La guerre engagée vers 1886 par ces deux hommes aboutit à l’exil de Kasongo Nyembo. Il fait alors appel aux troupes de l’État Indépendant du Congo pour recouvrer son trône, au prix d’un pouvoir politique réduit. Cette scission politique entraîne une division du territoire en deux chefferies : celle de Kumwimba au nord-est, et celle de Nyembo au sud-ouest.

6.2. Organisation politique et sociale

Vase servant de récipient pour le vin de palme du roi luba, XIXe siècle.source: EO.0.0.3861, collection MRAC Tervuren ; photo D. Beaulieux, MRAC Tervuren ©

L’État est organisé comme une pyramide de pyramides, avec des relations de parenté très complexes. Le roi ou Mulopwe est au sommet et n’appartient à aucun clan ou lignage pour montrer qu’il est au-dessus de la mêlée et du combat politique. L’empire est gouverné depuis la capitale. Au XIXsiècle, la cour royale est installée à Kabongo.

Le roi, qui porte les regalia, symboles du pouvoir, gouverne avec le soutien de l’association des Bambudye qui exercent un contrôle religieux et séculier sur le roi lui-même et sur le pays. Ses membres sont chargés de maintenir les traditions orales. Il y a également un conseil de notables (tshidie) et une cour de justice (tshihangu). Si la société est patrilinéaire, la reine mère (ndalamba) y joue un rôle rituel.

Les principaux fonctionnaires sont

  • le premier ministre (twite),
  • le chargé des insignes royaux et des rites (nabanza),
  • le premier juge (lukunga),
  • le chef de l’armée (mwana mwilamba) et
  • le gardien de la tradition et des lois (mwine lundu)

L’armée n’est pas permanente. L’administration du territoire est entre les mains de gouverneurs (bilolo), qui sont des notables, chefs de guerre ou d’entités administratives, et des dignitaires de la cour à la tête des entités administratives (kibwindji). Ils sont choisis dans les familles régnantes par les habitants et confirmés (ou parfois imposés) par le roi.

Buveur malafu, Statue luba ou hemba, fin XIXe sièclesource: EO.0.0.14358, collection MRAC Tervuren ; photo J.-M. Vandyck, MRAC Tervuren © 2020.9.1, collection MRAC Tervuren ; MRAC Tervuren ©

L’armée n’est pas permanente. L’administration du territoire est entre les mains de gouverneurs (bilolo), qui sont des notables, chefs de guerre ou d’entités administratives, et des dignitaires de la cour à la tête des entités administratives (kibwindji). Ils sont choisis dans les familles régnantes par les habitants et confirmés (ou parfois imposés) par le roi.

Les villages sont organisés sur le même modèle que celui de la capitale. Les liens de clans et de lignées cimentent les relations au niveau des villages.

Le modèle politique Luba sera adopté par l’empire Lunda situé au sud.

6.3. Économie

L’économie de la région repose sur le commerce : les régions lacustres foisonnent de poissons et la savane est riche en gibier. Les échanges sont alimentés par les gisements de sel, de fer et de cuivre. Un réseau routier relie les différentes régions de cet espace. Les perles et les croix en cuivre servent de monnaie aux Luba.

7 ¦ L’espace Lunda (Xe (?) – XIXe siècle)

7.1. Contexte historique

Au Xe siècle, des chefferies de pêcheurs et d’agriculteurs s’installent dans la région des savanes du sud autour des vallées du Haut Lualaba, au sud de la dépression de l’Upemba. Ces différents groupes, qui comptent des Ruund, des Lozi, des Ndembo, des Luena et des Imbangala s’allient sous un même système politique à l’origine de l’entité Lunda qui signifie « amitié ». La tradition rapporte que le chasseur Tshibinda Ilunga fonde ce royaume, introduisant le modèle Luba chez les Lunda. Il épouse une princesse locale, prend le contrôle du royaume, et crée une dynastie.

Mais les bases de l’empire sont posées sous le règne de Mwant Yav qui étend les frontières jusqu’au bassin supérieur du Zambèze au sud, et jusqu’au bassin du Kasaï au nord-ouest. Son nom devient un titre dynastique. Toutefois, c’est son successeur, Naweej, qui organise véritablement l’empire. Il commerce avec les Européens de la côte atlantique,  les Portugais du Mozambique et les Arabes de la côte indienne en leur livrant des esclaves et des produits divers.

Les différents royaumes africains s’affrontent régulièrement.source: HO.2013.57.358, collection MRAC Tervuren , Tshibumba Kanda Matulu, Avant l’arrivée des belges, les tshokwe ont envahirent le pays lunda, 1973, © Tshibumba Kanda Matulu (1947 – 1981) : Tous droits réservés

Lors de son apogée, l’Empire Lunda s’étend  jusqu’au bassin du Zambèze au sud, jusqu’au lac Moero à l’est et le long de la rivière Kwango, chez les Yaka à l’ouest. L’expansion répond à une volonté de contrôler le commerce des esclaves avec la colonie portugaise d’Angola.

Plusieurs entités se forment dans l’espace lunda dont le royaume de Kazembe et le royaume Yeke. Kazembe, un général du Mwant Yav,  tisse des liens de coopération avec les colonies portugaises de la côte indienne. Entre 1790 et 1830, les échanges commerciaux avec les villes de Sena et Tete, permettent au Kazembe d’acquérir une certaine autonomie vis-à-vis du Mwat Yav installé à Musumba.

M’Siri, originaire de l’Afrique de l’est vient s’installer dans l’actuel Katanga vers la moitié du XIXe siècle.source: HO.2013.57.486, collection MRAC Tervuren , Tshibumba Kanda Matulu, M Siri chasse du Burundi vient s’exiler chez chez chef Katanga, 1976, © Tshibumba Kanda Matulu (1947 – 1981) : Tous droits réservés

Le Royaume Yeke a été créé  par M’Siri, venu de l’actuelle Tanzanie. Ce dernier contrôle, depuis sa capitale Bunkenya, les réseaux commerciaux du sud-est katangais. Ce royaume s’impose entre 1870 et 1886 grâce au commerce du cuivre, de l’ivoire et des esclaves. Le roi est assassiné en 1891 par Bodson, un officier belge au service de l’État indépendant du Congo, car il représente un obstacle à la conquête coloniale.

7.2. Organisation politique et sociale

Le Mwant Yav, qui est à la tête du royaume, règne sur un espace très vaste. Il est élu par quatre grands dignitaires de la cour, qui représentent les maîtres  de la terre (tubung)  s’occupant de l’administration du territoire.  Les gouverneurs, qui disposent d’une certaine autonomie de gestion, sont nommés par le Mwat Yamv auquel ils versent un tributL’armée est dirigée par un chef militaire (kalala) qui commande l’avant-garde, et un commandant en chef (swan mulopwe).

Le Mwant Yav contrôle un réseau dense d’agglomérations comme Kazembe, Musumba, Casanje, Ishindi, Musokantanda, Shinje, Kanongesh… qui rassemblent  des populations hétérogènes qui finissent par s’identifier au groupe originel Ruund. L’expansion Lunda favorise l’unité culturelle, mais elle est aussi à l’origine de ravages et de concentrations de populations denses dans certaines zones.

8 ¦ Résumé

Plusieurs structures politiques existent en Afrique centrale, bien avant la colonisation.

  • Le royaume Kongo, fondé au XIVe siècle, est sans doute le plus célèbre de la région. Très tôt, le royaume est en contact avec l’Europe grâce au commerce. Lorsque les Portugais arrivent au XVe siècle, des échanges culturels, et religieux vont avoir lieu. Les rois du Kongo vont devenir chrétiens, et certains notables seront envoyés en Europe. Toutefois, avec la traite négrière qui s’intensifie, les relations entre le royaume Kongo et les Portugais vont se détériorer. Le Kongo doit fournir des esclaves. Plusieurs révoltes vont avoir lieu, jusqu’à l’extinction du royaume au XIXe siècle.
  • L‘espace Téké est enclavé dans les terres, et son origine remonte au XVe siècle. Ils se situent au nord du fleuve Kongo, pas loin du royaume du même nom. Au XVIIe siècle, une expansion vers le sud va avoir lieu. Ils servent d’intermédiaires lors de la traite négrière. Au XVIIIe, ils perdent le contrôle des mines de cuivre qui passe aux mains du royaume Kongo. Avec la fin de la traite négrière au XIXe siècle, les Téké se concentrent sur le commerce de l’ivoire. En 1880, le roi Iloo collabore avec la France, et signe un traité qui marque le déclin du royaume.
  • Le royaume Kuba, situé entre la rivière Sankuru et la rivière Luluwa a produit un artisanat resté très célèbre. Son origine remonterait au VI siècle. Au XVIIe siècle, les structures sociopolitiques du royaume se perfectionnent, ainsi que les cultures. Au XVIIIe, et XIXe siècle, le royaume connait son apogée grâce au commerce avec le Portugal (par l’intermédiaire de la colonie de l’Angola). Des guerres civiles au XXe siècle vont fragiliser le royaume qui va être soumis à l’État Indépendant du Congo.
  • Le royaume Luba remonte au XVIe siècle. Plusieurs chefferies se développent et commercent ensemble. Au XVIIe siècle, le royaume Luba connait plusieurs difficultés à cause de sécheresses, et de famines. Au XVIIIe siècle, le royaume s’agrandit et atteint son expansion maximale. Les commerçants arabes vont déstabiliser le royaume, ainsi que des guerres de succession. En 1886, Kasongo Nyembo accepte de prêter allégeance à l’État indépendant du Congo afin de retrouver son trône, au prix d’un pouvoir politique très réduit.
  • L’espace Lunda remonte au Xe siècle avec des chefferies de pêcheurs et d’agriculteurs installés dans le Haut Lualaba. Les Lunda vont commercer avec les Européens basés sur la côte atlantique, et avec les Arabes basés sur la côte orientale. Ils leur livrent principalement des esclaves. Le royaume va s’agrandir tout en voyant apparaitre des royaumes distincts sur son espace, comme le royaume de Kazembé au XVIIIe siècle et le Garenganze de M’Siri au XIXe siècle.

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Les anciens États de l’Afrique occidentale

Par Benjamin Hennon,

1 ¦ Objectifs de la leçon

A la fin de la leçon, l’élève doit être capable de :
  • de situer dans le temps et dans l’espace l’Empire du Ghana, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace l’Empire du Mali, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace l’Empire Songhay, et ses principales caractéristiques.
  • de situer dans le temps et dans l’espace le royaume du Dahomey, et ses principales caractéristiques.

2 ¦ Introduction

Quand on étudie l’histoire de l’Afrique, on est frappé par l’originalité des civilisations enracinées dans les traditions culturelles. Si certaines ont disparu, d’autres se sont construites sur la base des anciennes civilisations et se sont complexifiées en intégrant de nouveaux apportssavoirs, connaissances et savoir-faire.

Les sociétés africaines ont toujours connu des transformations et des mutations socialeséconomiquesidéologiques et culturelles. Elles sont en effet plurielles, dynamiques et complexes tant les réalités sont nombreuses et diversifiées sur ce continent : institutions politiquessystèmes économiques définissant la production et la circulation des techniques, des produits et des matières premières, systèmes de croyances variés, représentations artistiques et artisanales originales.

Toutes les régions du continent n’ont pas connu une même évolution. C’est ainsi que l’Afrique a accueilli diverses formations étatiques dont celles du delta du Nil où se sont développées, de la fin du quatrième millénaire avant J.-C. au Ve siècle après J.-C., les royaumes d’Égypte pharaonique, de Nubie et d’Aksoum. Ces régions correspondent actuellement aux pays nommés ÉgypteSoudan et Sud-Soudan, Érythrée et Éthiopie.

Dans le reste de l’Afrique, si les États sont apparus plus tardivement, avec l’apparition de chefferies entre les IIIe et IXe siècles après J.-C., qui évoluent ensuite en royaumes et empires, il est utile de remarquer que certains territoires ne sont constitués que de sociétés lignagères dans lesquelles le pouvoir appartient exclusivement au chef de lignage.

Le processus de formation des sociétés et des États africains s’appuient sur des ressources locales : populations denses, environnements agricoles productifs, échanges entre communautés locales et sur des ressources extérieures : communications diverses interrégionales amenant au développement du commerce et à l’avènement des échanges de longue distance. Mais elle est aussi dépendante du développement de l’islam et de l’action de dirigeants aux modes de pouvoir variés qui jonglent parfois avec les ressources culturelles et les idéologies pour faire pencher la balance politique vers telle ou telle forme de gouvernance étatique.

3 ¦ Particularités de l’Afrique de l’ouest

Malgré un climat désertique et tropical sec, la région de l’Afrique de l’Ouest comporte des zones de peuplement denses dans les bassins des fleuves Sénégal et Niger, et du lac Tchad, où les terres sont propices à l’agriculture et à l’élevage. Des institutions politiques élaborées s’y sont construites, sans influence externe, grâce aux échanges commerciaux et aux revenus tirés de l’exploitation des richesses minières qu’on y trouve.

La recherche de l’or et des esclaves par les marchands musulmans, arabes, berbères et juifs à partir du VIIe siècle favorise la prospérité tout autant que la fragilité de cette région qui perd souvent le monopole commercial de l’extraction de l’or et du sel, ainsi que les revenus des plantations, au profit des Arabo-Berbères, des courtiers commerçants intermédiaires et des souverains locaux.

Quatre États, dont l’histoire s’entrecroise, illustrent l’évolution politique de l’Afrique occidentale : le Ghana, le Mali,  le Songhay et le royaume côtier de Dahomey. Ils se succèdent du IVe au XVIe siècle et se renforcent suite aux luttes contre les peuples nomades qu’ils souhaitent intégrer politiquement et économiquement. Ces empires, essentiellement sédentarisés, sont situés dans les boucles des fleuves Sénégal et Niger favorables à la pêche, l’agriculture et l’élevage. Cette sédentarisation fait en sorte que l’agriculture devient une ressource précieuse pour les pouvoirs politiques en place.

4 ¦ L’empire du Ghana (IV-XIe siècle)

4.1. Contexte historique

Le Ghana, fondé par les Sarakolés (ou Soninkés) au IIIe ou IVe siècle, est le premier empire de l’Afrique occidental. Il s’élargit au VIIe siècle sous la dynastie Maghan. Couvrant initialement le territoire d’Aouker, il s’est élargi sous le règne  de Kaya Maghan au VIIe siècle au Bakoumou, au Wadagou, au Ka’arta, à tous les petits royaumes de l’ouest, ainsi qu’aux chefferies berbères d’Aoudaghost et Walata. La politique expansionniste et la puissance militaire du Ghana assurent son hégémonie sur la région. Le royaume connait son apogée au Xe siècle. Il regroupe alors tous les territoires situés entre les boucles des fleuves Sénégal et Niger.

Fragilisé par les conflits de succession, le Ghana est envahi en 1076 par les Almoravides musulmans. La chute de l’Empire favorise l’implantation de l’Islam, et contraint les populations à se convertir ou à s’exiler ce que vont faire les Sarakollés, les Mandés et les Peuls. Libérés du pouvoir central, les royaumes périphériques reprennent leur indépendance tandis que l’Empire du Mali succède à celui du Ghana.

4.2. L’organisation politique et sociale

L’Empereur ou Kaya-Magha, au pouvoir absolu de droit divin, dirige l’État avec le concours du Conseil Impérial et du gouvernement, ainsi que des représentants et des rois vassaux dans les provinces. La transmission du pouvoir se faisait selon le principe de la matrilinéarité : un neveu en lignée maternelle succède ainsi au Kaya-Magha.  Le Conseil Impérial est constitué de grands personnages (comme le confident du roi, le Premier ministre, les ministres, les anciens). Le Ghana est divisé en provinces dirigées par des vassaux ou des représentants personnels du Kaya-Magha. Les provinces payent un impôt ou un tribut, en nature ou en or.

Pour assurer les conquêtes de l’Empire et sa défense contre les envahisseurs, les rois disposent d’une armée composée de troupes d’élite (les guerriers Soubas), de casseurs de villages (les Ka-Goros) et de cavaliers (les Maga-Sis). Ces derniers appartiennent à une classe noble de hauts fonctionnaires qui possèdent des esclaves, captifs de guerre. Les peuples du Ghana sont organisés en familles dont les ancêtres communs forment des clans, eux-mêmes constitués en tribus. Les activités politiques ont donné lieu à des classes de nobles, de seigneurs et de marchands exploitant tant les hommes libres que les esclaves.

4.3. L’économie

La population ghanéenne s’adonne principalement au travail du fer, à l’élevage et à l’agriculture. On cultive des céréales dans les vallées fluviales (mil, riz, blé dur), des palmiers dattiers au Sahel, ou encore du sorgho, des haricots, du coton, de l’igname, du henné, des légumes, du cola et du riz africain. Les souverains possèdent des terres agricoles qu’ils font exploiter par des esclavesL’élevage est également varié et florissant : bœufs, moutons, chèvres, chameaux, chevaux.  De par sa position de carrefour, l’Empire du Ghana est un centre d’échanges de marchandises entre l’Afrique du Nord, d’où proviennent tissus, cuivre, argent, dattes, figues, barres de sel en provenance du Sahara, et les pays du Sud qui apportent plumes rares, ivoire, esclaves, gomme arabique, bétail, céréales et or. Les marchés attirent les marchands venus de toute l’Afrique occidentale et du Maghreb. La ville de Djenné devient ainsi un grand centre commercial dès 800 après J.-C. Le transport des marchandises est assuré par des chameaux et des ânes. Le Kaya-Magha tire des revenus substantiels du commerce grâce aux impôtsLes artisans travaillent principalement dans les villes comme orfèvres, forgerons, tisserands, travailleurs du cuir, maçons ou menuisiers. Les mines d’or se situent dans les régions de Bouré et Falemé sur le territoire des Mandingues.

4.4. Les croyances

Farouchement opposée à l’Islam, la population ghanéenne reste fidèle aux croyances locales dont le culte était assuré par le Kaya-Magha. Les musulmans vivent quant à eux à l’écart, dans leurs propres quartiers. Ils ont cependant apporté beaucoup d’innovations urbaines, vestimentaires et artisanales.

5 ¦ L’Empire du Mali (XIe –XVe siècle)

5.1. Contexte historique

La région du Mandingue (ou Manden), qui était divisée en trois provinces dirigées par des clans malinkés est le berceau de l’empire du Mali. Vers 1050, le clan des Keita Konaté se convertit à l’islam et l’emportant sur les autres clans, refuse la soumission à l’empire du Ghana voisin. À la fin du XIIsiècle, le père de Soundjata Keita règne sur le Mandingue. Il cherche à s’allier avec les royaumes voisins afin de s’opposer aux nomades venant du Sahara pour capturer des esclaves. Au XIIIe siècle au nord,  Sumaoro Kanté, roi du Sosso conquiert les petits royaumes voisins et constitue une armée très disciplinée. Voulant contrôler les mines d’or, il attaque le Mandingue. En difficulté devant les attaques de Sumaoro Kante, les Malinkés font appel à Soundjata Keita qui devient roi. Lors de son intronisation en 1232, il proclame la charte du Manden. Soundjata organise une armée avec l’aide des Mandingues et des guerriers malinkés et entreprend la guerre contre le roi du Sosso. Après plusieurs batailles, Soundjata Keita vainc l’armée de Soumaoro Kanté en 1235 à Kirina puis conquiert tous les royaumes de la région qu’il unifie pour former l’Empire du Mali.

En quelques années, Soundjata Keita s’assure la possession du Ghana et des royaumes voisins, créant l’empire Mali qui s’étend de l’Océan à la zone d’inondation du Niger. Proclamé Mansa Mussa  (ou Maghan), c’est-à-dire « Roi des Rois » ou « Empereur ». La capitale Niani a été fondée à cette époque, c’est une ville riche en or et en fer probablement située sur le site de Niani sur le Sankarini (en Guinée). Si presque tous les empereurs du Mali sont musulmans, ce n’est pas le cas de Soundjata Keita, qui perpétue la tradition mandingue sous son règne, de 1230 à 1255. Après sa mort, ses successeurs poursuivent la formation territoriale de l’empire tout en  renouant avec l’Islam.

L’Empire du Mali connait son apogée sous Kankan Moussa « le Navigateur » (1312-1337), qui reçut une éducation arabo-musulmane. Sur le plan politique, Kankan Moussa règne sur un immense empire qui s’étend de l’Atlantique à Tadmekka, et du Sahara à la zone forestière au sud. Son armée est puissante mais il entretient des relations pacifiques avec tous les Etats musulmans d’Afrique du Nord. C’est l’un des hommes les plus riches de son temps.

Sur l’atlas catalan de 1375, Kankan Moussa est représenté avec tous les attributs de la royauté européennesource: Atlas catalan, 1375, BnF

La mort de Kankan Moussa en 1337 marque le début des luttes de succession et le déclin de l’Empire du Mali. Son fils et successeur, Maghan Ier, ne peut contenir l’invasion et le pillage de Tombouctou et du delta du Niger par les Mossis de Yatenga en 1337. Puis, sous le règne de Souleymane et malgré le renforcement des liens avec les pays voisins, dont le Maroc, les successeurs suivants échouent à contrôler un Empire ruiné dont le peuple est accablé d’impôts. Les provinces éloignées reprennent leur indépendance et l’Empire du Songhay remplace celui du Mali.

5.2. L’organisation politique et sociale

Le Mansa (à l’exception de Soundjata Keita,empereur de droit divin, tient compte à la fois des coutumes ancestrales et des préceptes de l’Islam. Il dispose d’une garde de trois cents guerriers armés de lances et de flèches. Les périodes de succession au pouvoir sont marquées par des conflits armés entre les factions. En effet, l’Islam encourage le fils aîné à succéder à son père tandis que la coutume privilégie le frère cadet de l’Empereur. La famille royale, ainsi que les courtisans, les otages envoyés par les rois vassaux, les officiers supérieurs de l’armée et les griots, vivent dans le palais royal construit sur le modèle des palais arabes, à Niani, capitale de l’Empire.

Le Mansa, qui incarne le pouvoir, est chargé des affaires intérieures et extérieures de l’empire. Ses décisions sont soumises au Conseil Impérial composé des Anciens, du cadi (juge), du prédicateur, du chef des griots, et de dignitaires civils et militaires. Les actes impériaux sont rédigés en arabe et envoyés dans toutes les provinces pour exécution. Le gouvernement est composé du Premier ministre et des ministres chargés de secteurs particuliers (trésor, justice, péages, armée, affaires étrangères, etc.). Le Mansa nomme des représentants provinciaux qui contrôlent la vie politique des provinces. Chacun d’entre eux dispose d’une cour, d’un conseil, de secrétaires, d’une garde personnelle et d’une armée. Les rois vassaux, quant à eux, gouvernent leur royaume selon leurs propres coutumes, et leurs enfants sont élevés à la cour impériale.

Les Maliens sont jugés selon leur appartenance religieuse : selon la loi islamique s’ils sont musulmans, ou selon les coutumes locales s’ils ne sont pas musulmans. Le juge, dépendant directement de l’Empereur, est assisté par un conseil de lettrés et d’Anciens. L’Empereur et ses représentants veillent à ce que la justice soit rendue convenablement.

Les sujets de l’Empire du Mali sont divisés en classes :

  • L’aristocratie, à savoir les familles alliées à Soundjata Keita (les Condé, Koroma, Traoré et Camara), est composée des grands dignitaires, de commerçants et de lettrés. Elle seule peut accéder à la fonction civile et militaire.
  • Les hommes libres, appartenant aux clans libres du Mandingue et les sociétés de chasseurs, pas d’origine mandingue, mais qui ont joué un grand rôle dans la conquête militaire de l’empire.
  • Les marabouts, appartenant à l’une des 5 familles gardiennes de la foi, sont associés au pouvoir. Ils sont respectés et jouissent de nombreux avantages.
  • Les eunuques (hommes castrés) et les griots occupent souvent des fonctions importantes au sein de la cour. Les griots, qui sont à la fois musiciens, poètes, philosophes et historiens, sont les archives vivantes des Empereurs.
  • Les esclaves, soumis aux travaux forcés par les dignitaires de l’Empire ou vendus aux commerçants arabo-berbères pour alimenter le trafic d’esclaves en Asie.

La musique occupe une place importante, tant dans la cour impériale que dans l’ensemble de la société malienne.

5.3. L’économie

L’économie est basée sur l’agriculture (céréales, ignames, fruits et karité pour la production d’huile), ainsi que sur les richesses du sous-sol (sel, cuivre, or, fer). De nouvelles cultures, notamment de coton, sont développées dans la ville de Balandugu. Les régions de Buré et du Bambuk sont quant à elles exploitées pour leurs mines d’or, principale richesse du Mali et produit de prestige.

Dans les centres urbains, le commerce est entre les mains des marchands mandingues et sarakolés. Ils échangent leurs produits contre ceux des Arabes et des Berbères (cauris, sel, cuivre, or, cotonnades) et contribuent ainsi à répandre la civilisation de l’Empire dans les régions du Sud, le pays Haussa et le Bornu.

Les Mandingues, qui livrent leurs produits dans la région du Sahel par chameaux, ânes et porteurs parcourent les routes bien entretenues et parsemées de baobabs qui protègent les voyageurs du soleil et dont le tronc conserve l’eau potable pour étancher la soif. En ouvrant à partir de 1325 le pays aux commerçants arabo-berbères, Mansa Kankan Moussa, transforme des villes comme Gao, Tombuctu, Djenné et Niani en grands centres commerciaux pour les marchands ayant traversé le Sahara.

5.4. Les croyances

L’Islam est la religion officielle de l’Empire du Mali. Elle est principalement pratiquée par l’aristocratie politique et marchande. L’islamisation s’ancre surtout dans les centres urbains, les pratiques ancestrales sont encore bien présentes à l’intérieur de l’Empire.

La mosquée de Djingareyber, dans l'empire du Mali a été érigée au plus tôt au XIVe siècle.source: https://www.flickr.com/photos/david/60323

Sur le plan religieux, Kankan Moussa et d’autres pèlerins mandingues prônent un Islam orthodoxe. Son admiration pour la culture islamique le pousse à aligner son empire sur le monde arabe, notamment au niveau des lettres et de la religion, avec la construction de mosquées-écoles dans toutes les grandes agglomérations. Par ailleurs des religieux étrangers propagent pacifiquement la religion musulmane dans le pays, renforçant le brassage des populations tandis que des Blancs maghrébins s’installent notamment à Niani en épousant des princesses locales.

6 ¦ L’empire Songhay (XV-XVIe siècle)

6.1. Contexte historique

Le Royaume Songhay, fondé autour de la boucle du Niger vers le VIe siècle après J.C., se développe à partir du XIe siècle, grâce aux contacts avec les Arabo-Berbères. L’indépendance du Royaume Songhay intervient suite aux troubles de succession provoqués par la mort de Kankan Moussa en 1337 au Mali. Profitant de la faiblesse du Mali, le Songhay se lance à la conquête de régions importantes. De la seconde moitié du XVe siècle à la fin du XVIe siècle, l’Afrique de l’Ouest est dominée par l’Empire Songhay, un État centralisé s’étendant du Tchad à l’est jusqu’à l’embouchure du fleuve Sénégal à l’ouest dont le prince Ali Konen en est le fondateur (1464-1492). Il s’empare du pouvoir et conquiert avec sa redoutable armée les villes de Djenné et Tombouctou en 1464. Il se fera appeler « Soni Ali Ber ou Soni Ali le Grand» par la population. D’abord « Dâli » (maître de la magie songhay), Soni Ali Ber se convertit à l’Islam sans en suivre pour autant tous les préceptes. Il est considéré comme l’un des plus grands généraux de l’histoire africaine. Son armée est composée de fantassins et de cavaliers, ainsi que d’une flottille de guerre le long du Niger. Les soldats sont des volontaires, des étrangers, et même des prisonniers de guerre des pays voisins (Mossis, Daribas et Touaregs).

Bakara Baa succède à son père Soni Ali Ber en 1493. S’éloignant de l’Islam, il est dépossédé du pouvoir la même année par Mamadu Touré de la dynastie Hombori, d’origine Soninké, qui prend le nom d’Askia Mohammed, fondant ainsi la dynastie des Askia (qui régna jusqu’à 1592). Il échoue néanmoins à imposer l’Islam aux populations du Mossi, repousse les Touaregs dans l’Aïr et s’empare d’Agadès. Sous son règne l’Empire englobe les provinces septentrionales de l’Empire du Mali, et touchait le Royaume du Bornu à l’est, le Tekrur à l’ouest, et le Sibiridugu (Ségou) au sud-ouest.

La richesse de l’Empire du Songhay suscite la convoitise de son voisin marocain, le souverain El-Mansour, qui se lance à la conquête du Songhay. La défaite de Tondibi en  1591 marque la fin de l’Empire Songhay qui passe alors sous la domination du Royaume du Maroc. D’autres entités politiques en profitent pour se développer suite au vide laissé par l’empire du Songhay. Parmi ceux-ci, le royaume bambara, composé d’adeptes de la religion traditionnelle va s’affirmer.

Comme pour le Mali ou pour le Songhay, le travail du fer est très important chez les Bambaras. Le forgeron possède une place particulière. Cette sculpture de cavalière suggère aussi la place de la femme dans la société bambara. Il s’agit d’un insigne de chef.source: Artiste bambara, Sculpture de cavalier, début ou moitié du XIXe siècle, Mali, Don de Joseph H. Hirshhorn à la Smithsonian institution en 1966 (https://www.si.edu/object/staff-finial:nmafa_85-19-1)

6.2. L’organisation sociale et politique

Bien organisé sous le règne de Soni Ali Ber qui établit un pouvoir centralisé, l’Empire est agrandi par les Askia  successifs. Askia Mohammed, qui a le pouvoir suprême, règne selon les préceptes du Coran et les coutumes. Il porte les insignes de Khalife reçus à la Mecque, ainsi qu’un tambour et des drapeaux. Le gouvernement est composé de dignitaires, de griots, de jurisconsultes et de ministres. L’empire est divisé en provinces, dirigées par des gouverneurs. Les grandes villes frontalières ont une administration propre. Tant au niveau central qu’au niveau provincial, la justice est rendue par un cadi (juge) dont les sentences sont sans appel.

À Gao, les propriétaires les plus importants sont issus de la famille des Askia, tandis que  l’aristocratie politique et religieuse rassemble des hauts fonctionnaires, des lettrés et des cadres musulmans. Les plantations, qui appartiennent au domaine royal sont exploitées par des fonctionnaires. Elles donnent du travail à une grande masse d’esclaves. Ces derniers travaillent sous l’autorité d’un chef, le « fanfa » (ou « fanafi »). Il y a dans l’empire deux sortes d’esclaves : les esclaves familiaux, attachés à une famille dont les descendants font partie de leurs biens, et les esclaves capturés lors des campagnes militaires.

6.3. L’économie

Les terres autour du fleuve Niger ont permis l’implantation de cultures variées et abondantes qui ont favorisé les échanges commerciaux, assurant ainsi la prospérité de la région et le contrôle des zones minières et agricoles. De plus, l’Empire compte des mines d’or ainsi que les salines de Teghaza, importantes sources de richesse à l’époque.

L’économie est basée sur l’élevagel’agriculture céréalière, la chasse et la pêche qui favorisent un commerce dynamique et contribuent au développement des villes de l’Empire. On cultive des céréales (sorgho, mil et blé réservé à une certaine classe sociale) et des légumes (courge, navet, ail, aubergine, chou, haricot, oignon et tubercules) dans cet empire dont les souverains sont les plus grands propriétaires terriens. Par contre, ce sont surtout les communautés juives qui s’occupent du maraîchage au sud de Tombuctu et vendent les récoltes à des négociants.

Le commerce est un enjeu politique déterminant pour asseoir l’hégémonie des souverains songhays. De par leur position géographique, les villes de Djenné et Tombuctu représentent des pôles importants rayonnant dans tout le Maghreb et le bassin méditerranéen. Tombuctu est située sur les grandes pistes empruntées par les caravanes chargées de tissus, d’armes, de bijoux, de dattes et de livres qui sont échangés contre du cuivre, des esclaves, de l’or et du sel.

6.4. Les croyances

L’Islam est solidement implanté dans les villes, où les marabouts, lettrés et juges sont très respectés.

7 ¦ Le royaume du Dahomey (XVe – XIXe siècle)

7.1. Contexte historique

Les États situés entre les savanes soudanaises et l’Océan Atlantique ont été fondés par les Fons vers le XVe siècle. Les rois de cette région, surnommée « Côte des esclaves » par les Européens, ont vu leur influence et leur pouvoir renforcés grâce au commerce des esclaves lors de la traite atlantique.

Le Royaume de Dan Homey (transformé en Dahomey par les Européens) est un État côtier qui s’est développé dans un paysage forestier. Au XVIIe siècle, le roi Uegbadja fonde la cité Abomey, annexe les petites chefferies de la région et règne sur un territoire acquis par des alliances, des guerres et la ruse. Il promulgue des lois, nomme des ministres et développe l‘administration, la religion et la culture politique qui caractérise le Dahomey. Le Royaume s’agrandit sous le règne d’Agadja (1707-1732) avec l’annexion de plusieurs petits États (Allada, Ouidah, Djekin) qui lui donnent accès à l’océan. Grâce à sa position ouverte sur l’Atlantique, le Royaume peut alors contrôler le commerce des esclaves avec les comptoirs européens. Les Européens installés sur la côte (notamment à Ouidah, Dékin et Porto Novo) soutiennent certains chefs.

Le Royaume connait son apogée sous le règne du roi Ghezo Kokulo, « le Coq » (1818-1858)  qui renforce les institutions politiques et économiques du Royaume, modernise l’armée en la dotant d’armes à feu, et étendit le Royaume à tout le pays fon. Son armée de 16 000 soldats et 15 000 amazones soumet les révoltés savés, mahis et adjas, et envahit les Yoroubas pour y capturer des esclaves. En 1858, le Royaume s’étend de la rivière Mini à l’ouest, au pays Yorouba à l’est, et des pays Mahi et Ana au nord, à l’océan atlantique au sud.

Le Dahomey résiste à l’hégémonie colonialiste européenne dans cette région côtière jusqu’en 1887. Les souverains font échouer la tentative portugaise d’imposer un protectorat dans ce royaume entre 1885-1887. Les autorités de cet État refusent de reconnaître les droits de protectorat français au royaume de Porto Novo. Sous le roi Béhanzin (1889-1894) une guerre éclate contre ce protectorat français. Les affrontements cessent par la signature d’un traité de paix à Ouidah. En 1892, la guerre reprend, mais le roi Béhanzin doit capituler en 1894. Arrêté et exilé en Martinique, il plaidera la cause de son royaume jusqu’à sa mort.

Cette statue royale représente le dernier roi du Dahomey, Béhanzin dont les armoiries comportaient un requin. Béhanzin se compare au requin pour signifier son intention de faire la guerre aux Français arrivant principalement par bateaux.source: Sossa Dede, Homme-requin, 1889-1893, bois, clous de fer, pigments, collection du musée du quai Branly (commons.wikimédia).

7.2. L’organisation politique et sociale

Le Roi est choisi dans la famille des fondateurs du Royaume. Avant de régner, il doit effectuer une retraite de 3 mois à Porto Novo pour se livrer à la méditation sur la chose publique et recevoir une initiation politique. Il est ensuite consacré au temple d’Aholuhokhunon. La mort du Roi n’est annoncée qu’au bout de 3 mois, ouvrant la compétition de la succession aux princes (les princesses étaient exclues).

Le Roi règne avec ses ministres. Certains postes de ministres sont héréditaires. Le Premier ministre est appelé Migan, et le gouverneur des provinces est le Mehou. D’autres ministres, qui occupent des secteurs divers, résident dans leurs provinces et ont à leur service de nombreux esclaves (lari) et des hommes libres (anato).

Sur le plan social, il existe des inégalités criantes entre les princes et les nobles d’un côté, et les hommes libres d’autre part. Viennent ensuite les nombreux esclaves, victimes des guerres, qui pour la plupart sont livrés aux courtiers esclavagistes. Ceux qui restent sur place sont soumis aux travaux de diverses natures.

7.3. L’économie

Dans le domaine économique, le roi Ghezo Kokulo apporte une véritable révolution avec sa politique agricole. Roi éclairé, il introduit la culture de plantes nouvelles dans tout le pays comme le manioc, la banane, l’arachide, le néré et le tabac qui permettent de résoudre les problèmes de pénurie alimentaire.

S’appuyant sur une main-d’œuvre d’esclaves, il élargit également les plantations royales de palmiers et de cocotiers faisant en sorte que  ses propres domaines servent d’exemple pour les cultures et que l’huile de palme produite alimente le commerce très prolifique avec l’Angleterre. Néanmoins, le commerce des esclaves entraîne une fragilité économique, puisque  certaines régions du Royaume (et des pays voisins) se retrouvent ruinées et privées de leurs habitants.

7.4. Les croyances

Le culte du Vodun (Vodu)qui s’articule autour d’un clergé et de temples dispersés dans tout le pays, vise à apaiser ou à attirer les faveurs du Voduesprit présent à tout moment dans la vie des hommes qui peut aussi bien faire du mal que soutenir ses fidèles. Les peuples fons du Dahomey croient à l’immortalité de l’âme et à la vie dans l’au-delà. Ils croient aussi à l’Être suprême et à une multitude de divinités ou d’esprits. Les croyances religieuses ont favorisé la création artistique (représentations de divinités, objets de culte, statuettes politiques en bois ou en fer, bijoux et colliers en cuivre ou argent, portraits royaux…). Le clergé, composé de prêtres et de prêtresses, est bien organisé. Les principales divinités sont Maou et Lissa (la lune et le soleil), Hévioso (le tonnerre), Dan (la fécondité) et Ogun (les forgerons). Typiquement africain et pratiqué par les esclaves de Dahomey, le culte de Vodu est apporté et développé par l’entremise des esclaves dans diverses parties de l’Amérique.

8 ¦ Résumé

  • L’Empire du Ghana (IVe – XIe siècle) est le premier grand empire d’Afrique occidentale. Il s’élargit au cours du temps en annexant des petits royaumes. Le Ghana connait son apogée au Xe siècle, avant d’être envahi en 1076 par les Almoravides qui vont contraindre les populations à se convertir à l’Islam ou à s’exiler.
  • L‘Empire du Mali (XIe – XVe siècle) succède à l’Empire du Ghana. Vers 1050, le clan Keita se convertir à l’Islam et refuse de se soumettre au Ghana. Des affrontements vont avoir lieu avec le royaume du Sosso jusqu’à la prise de pouvoir de Soundjata Keita en 1232 qui va battre le Sosso. En quelques années, Soundjata va prendre possession de tous les territoires autour du sien, et véritablement fonder l’Empire du Mali. L’Islam va s’implanter chez les élites après la mort de Soudjata Keita. L’Empire va connaitre son apogée sous Kankan Moussa (1312-1337).  A sa mort, des luttes de succession vont affaiblir le royaume qui va petit à petit s’effondrer.
  • L‘Empire Songhay (XVe – XVIe siècle) remonte au VIe siècle, mais va se développer par la suite. Profitant de la faiblesse du Mali suite à la mort de Kankan Moussa en 1337, le Songhay va partir à la conquête de régions importantesSonni Ali Ber (1464-492) s’empare du pouvoir et va conquérir des villes importantes comme Djenné et Tombouctou. Il est considéré comme le fondateur de l’Empire Songhay. L’Empire Songhay est très riche et le Royaume du Maroc, voisin, va se lancer à sa conquête. En 1591, c’est la fin de l’Empire Songhay.
  • Le royaume du Dahomey (XVe – XIXe siècle) est un État côtier qui va profiter de la traite négrière transatlantique pour s’enrichir considérablement. Le royaume connait son apogée au XIXe siècle. Le roi Ghezo Kokulo (1818 – 1858) va moderniser son armée et l’équiper d’armes à feu. L’armée redoutable du Dahomey permet de maintenir la paix dans ses frontières. Le royaume va résister à la colonisation européenne pendant des années, avant de capituler définitivement en 1894.

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Les migrations anciennes

Par Benjamin Hennon,

1 ¦ Objectifs de la leçon

A la fin de la leçon, l’élève doit être capable de :
  • d’expliquer et de situer les migrations bantoues
  • d’expliquer et de situer les migrations des Oubanguiens
  • d’expliquer les différents mouvements migratoires en Afrique à partir du XVIIIe siècle, et leurs causes

2 ¦ Introduction

L’être humain occupe depuis très longtemps l’espace de l’actuel Congo, territoire de 2,3 millions de km carrés qui est le seul pays d’Afrique installé sur deux fuseaux horaires. Les traces les plus anciennes de la présence humaine révèlent la présence de communautés de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs aux époques préhistoriques, comme en témoignent les pierres taillées et les nombreuses œuvres gravées ou peintes découvertes dans plusieurs régions grâce à l’archéologie. Au cours de ces périodes, les hominidés se sont déplacés d’un endroit à un autre de l’Afrique. Ces mouvements migratoires sont liés aux changements climatiques et de végétation qui se succédèrent sur le continent africain. Pour reconstruire l’histoire des espaces de ces temps anciens et des populations qui les ont occupés, on a recours à l’archéologie et à l’étude des langues. L’archéologie identifie, grâce aux témoins matériels, les cultures qui y sont associées et tente de corréler ces éléments aux langues.

La comparaison des langues permet de regrouper celles-ci en familles, de déterminer comment elles divergent au sein de chaque famille, et d’identifier leurs régions d’origine. Il existe quatre grandes familles de langue sur le continent africain : Niger-CongoAfro-asiatiqueNilo-saharienne et Khoisane. Ces grandes familles comprennent des sous-groupes, subdivisés en sous-branches. Elles nous renseignent sur l’histoire du continent. On a ainsi pu esquisser, pour l’Afrique, les mouvements de populations humaines en observant la façon dont les langues se sont diffusées à travers le continent. S’ajoute à cela un long processus de différenciation des parlers donnant lieu à diverses langues dont sont issues les langues parlées actuellement. On retrouve au Congo les langues appartenant à la famille Niger-Congo, notamment des langues du sous-groupe Bénoué Congo, du sous-groupe Bantu et du sous-groupe Oubanguien ainsi que des langues de la famille nilo-saharienne, du sous-groupe africain central et des sous-groupes Soudanique centrale et Nilotique.

3 ¦ Les migrations bantoues

Le vocable bantu est un concept linguistique qui signifie « homme » dans différentes langues d’Afrique subsaharienne. Le groupe des langues bantoues appartient aux Niger-Congo, l’une des quatre grandes familles de langues parlées actuellement en Afrique.

Le phénomène bantu doit être compris comme une migration, une expansion, une diffusion des langues, des cultures, des savoirs de groupes d’individus par vagues migratoires. Compte tenu de l’importance de son aire d’expansion, qui couvre presque les 3/4 de l’Afrique subsaharienne, le phénomène des migrations bantoues, qui aurait débuté il y a environ 4000 ans avant J.-C., est l’un des plus complexes et des plus exceptionnels.

Le foyer originel des langues bantoues se trouve dans la région des Grassfields, au sud de la Bénoué, à la frontière du Cameroun et du Nigéria. Les migrations bantoues ont bouleversé les modes de vie au sein des espaces et des populations, amenant au fil du temps l’évolution des traditions, le développement de la production alimentaire, la diffusion des techniques céramiques et métallurgiques, la propagation des différentes cultures, le développement du commerce ou l’émergence d’autres pratiques environnementales.

3.1. Les itinéraires suivis par les Bantous pour atteindre l’Afrique centrale

Les communautés de migrants bantous venus peupler le territoire actuel du Congo ont suivi deux itinéraires différents : une première vague migre vers l’ouest et forme le groupe dit « Bantou occidental » et une autre emprunte la voie orientale pour former le groupe dit « Bantou oriental ».

  1. Les Bantous occidentaux ont suivi trois directions :
  • un premier groupe aurait longé la côte atlantique pour s’y installer.

Les deux autres mouvements migratoires ont été encouragés par un changement climatique survenu entre 2000 et 600 avant J.-C. qui favorise la migration et la sédentarisation des populations bantoues occidentales vers le centre du bassin du Congo, faisant reculer la forêt en faveur du développement de la savane sur un espace couvrant la région du Pool Malebo et du bassin de la rivière Sangha.

  • un deuxième groupe aurait traversé la forêt tropicale vers les rivières Ubangi et Sangha.

Ces communautés, qui produisent des céramiques connues sous le nom d’Imbonga (400 avant J.-C.) forment des villages près de Mbandaka, sur la rivière Momboyo et autour du lac Tumba. Cette colonisation progressive entraîne de multiples interactions et mélanges avec les précédents habitants déjà installés, à savoir les pêcheurs-cueilleurs non-bantous.

  • un troisième groupe aurait traversé le fleuve Congo au niveau du Pool Malebo.

L’éclaircissement de la savane favorise l’implantation de groupes de populations dans le Pool Malebo et jusque dans les régions du Kongo Central et du Kwango. Les premières traces de villages sont avérées dans la province du Kongo Central grâce aux céramiques de type Ngovo (200 avant J.-C.) qu’on y a trouvées.

2. Les Bantous orientaux ont suivi deux itinéraires :

  • Un groupe a longé la lisière nord de la forêt équatoriale jusqu’à la partie orientale de l’Afrique. Ils se sont d’abord déplacés dans la région des Grands Lacs.

La durée très longue pendant laquelle se constitue ce peuplement donna lieu à une culture originale en constante expansion dans des espaces où le paysage offre un développement harmonieux. La réussite de ces installations se traduit par une croissance démographique remarquable, qui fait de cette région l’une des plus densément peuplées du Congo. La présence de ces Bantous orientaux dans cette région est avérée grâce aux poteries de type Urewe (600 avant J.-C.). Au XVIe siècle après J.-C. et durant plusieurs siècles,  des populations bantoues, qui occupaient la région de l’Ouganda, s’introduisent au Congo et s’installent dans les provinces de la Tshopo, du Maniema, et du nord et sud Kivu sous la pression des Nilotiques. Ces mouvements prennent la forme à la fois de multiples déplacements de petits groupes en quête de zones à défricher et de pâturages, et de grignotage progressif des terres disponibles

  • Un autre groupe a continué sa migration vers le sud du continent.

Certains atteignent le Congo et s’installent dans la dépression de l’Upemba, sur le fleuve Lualaba (à la source du fleuve Congo). Au Xe siècle, se sont constituées au sein de cet espace des communautés villageoises et des royaumes puissants.

Progression des peuples de langues bantou entre 3000 et 1000 avant J. C.source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bantu_Phillipson.png

4 ¦ Les migrations des Oubanguiens

Les populations bantoues ne sont pas les seules à migrer vers le territoire de l’actuel RDC. Au sein de la famille Niger-Congo, il existe une sous-branche appelée Oubanguiens.

Une première vague de peuples oubanguiens s’installe dans le bassin du Haut-Ubangi et de l’Uélé, au nord de la RDC. Cette expansion est intervenue entre 4000 à 3500 ans av. J.-C. Cette vague migratoire a eu comme résultat de bouleverser le territoire des populations de langue soudanique déjà établies.

Au Xe siècle après J.-C., des populations oubanguiennes, qui maîtrisent les techniques de production alimentaire, la poterie et la métallurgie du fer, occupent progressivement la frange nord de la forêt équatoriale, le long de l’Ubangi-Mbomou. Ils se dirigent ensuite par vagues migratoires vers le sud-ouest en empruntant les cours d’eau du bassin congolais. Ces migrations se produisent probablement de manière localisée et progressive. On trouve peu de traces matérielles de cette communauté.

Les dernières vagues migratoires de groupes oubanguiens ont lieu entre le XVIe et le XIXe siècle, et s’expliquent en raison surtout des guerres esclavagistes menées par les peuples islamisés du Nord. En effet, après avoir soumis les États chrétiens du Soudan au XIVe siècle, les Arabes musulmans d’Egypte investissent dès le XVe siècle le Darfour et le Kordofan, et chassent les populations Mangbetu, Zandé et Ngbandi qui prennent la direction du sud pour se fixer au nord du CongoCes poussées s’exercent par le Kanem-Bornou (Tchad), le Sokoto (Nigéria), le Darfour et le Kordofan (Soudan). Ils affrontent, chassent et absorbent les peuples bantous qui occupent alors cet immense territoire situé entre les deux bras de l’Ubangi le Mbomu et l’UéléLes Bantous de cette région étaient des Baboa, des Ngombe et des Mbuza plus au sud.

Au milieu du XIXe siècle, des migrants venus directement du Tchad et du nord du Nigéria traversent la boucle de l’Ubangi et s’attaquent aux populations Ngbaka et Mbanza établies dans la région. Ils portent le nom générique de Soudanais (puisqu’ils étaient originaires du Soudan géographique).

5 ¦ Les migrations des langues soudaniques centrales

Bien que majoritaire, les populations de la grande famille Niger-Congo ne sont pas les seules à se disperser sur le territoire de l’actuel RDC. Un ensemble de populations de langues nilo-sahariennes se déplace à l’est et au nord de l’Afrique centrale. Son foyer d’origine serait la région comprise entre l’Ethiopie actuelle et le Soudan. La vague migratoire est donc partie de ce foyer pour se répandre de l’est à l’ouest pour atteindre le Congo actuel. Dans cette expansion, il y a des langues soudaniques centrales et des langues nilotiques.

Les migrations des langues soudaniques centrales

Ce groupe de population de langue soudanique centrale est présente dans la frange nord-est de la RDC. C’est dans la région au nord du lac Albert que se trouve son foyer de dispersion. Il est difficile de savoir avec précision quand ces vagues migratoires ont commencé. Certains avancent la date de 4000 ans av. J.-C.

Les populations parlant ces langues soudaniques centrales se répartissent du lac Albert au lac Tchad. Les familles linguistiques qui la composent en RDC sont : Lendu (autour de lac Albert), Moru-Madi (le long de la rivière Uele), Mangbetu (entre l’Uele au nord et le fleuve Congo au sud jusqu’au lac Edouard) et le groupe Sara-Bongo-Bagirmi qu’on retrouve dans les provinces actuelles d’Ubangi.

Les migrations des populations Nilotiques

Parmi les derniers groupes de migrants, il faut noter la présence de populations de langues nilotiques. Elles arrivent du Soudan nilotique en passant par le Bahr El-Ghazal et par l’Ouganda pour occuper le nord-est de la RDC actuelle, plus précisément les régions de l’Ituri-Uélé-Béni. Représentées par les populations Alur et Hema, elles ne bouleversent pas la démographie de la région, car elles sont très marginales dans l’ensemble de la République Démocratique du Congo.

A la chute de l’empire égyptien, la migration des populations s’accentue dans toutes les directions. Les Africains migrent par vagues successives vers l’intérieur du continent. Ils construisent de grands empires dans lesquels la richesse et la justice règnent. En dehors de ces mouvements migratoires bantous, nilotiques et ubanguiens très anciens, on peut aussi noter des vagues migratoires beaucoup plus récentes entre le XVIIIe siècle et le début de la colonisation. Liées à la traite négrière, au commerce arabe ou à la pénétration européenne, elles constituent et sont à l’origine de déplacement des populations à l’intérieur du territoire congolais.

6 ¦ Résumé

  • Afin de déterminer les mouvements migratoires en Afrique, l’étude des langues, et l’archéologie donnent de précieux renseignements.
  • Les migrations bantoues auraient débuté il y a 4000 ans. C’est un phénomène complexe. Le foyer originel des langues bantoues se situe dans la région des Grassfields. Les migrations bantoues vont bouleverser les cultures et les modes de vie locaux. Des Bantous s’installeront dans l’actuel RDC.
  • En plus des Bantous, les Oubangui vont également s’installer dans l’espace actuelle de la RDC. Une première vague a lieu vers – 4000 , une deuxième a lieu au Xe siècle, et les dernières vagues ont lieu entre le XVIe et le XIXe siècle.
  • De manière plus minoritaire, des populations de langue nilo-sahariennes vont également s’installer sur le territoire actuel du Congo. Ces populations sont originaires d’une région entre l’Éthiopie et le Soudan.
  • Des populations nilotiques vont également s’installer dans le territoire de l’actuel Congo. Elles proviennent du Soudan.
  • D’autres mouvements migratoires auront lieu à partir du XVIIIe siècle, à cause des traites négrières, du commerce arabe, ou de la pénétration européenne.

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La Préhistoire africaine

Par Benjamin Hennon,

1 ¦ Objectifs de la leçon

A la fin de la leçon, l’élève doit être capable de :
  • définir l’Âge de la pierre taillée et ses caractéristiques
  • définir l’Âge de la pierre polie et ses caractéristiques
  • démontrer en quoi l’Afrique a une place prédominante lors de la Préhistoire

2 ¦ Introduction

L’histoire, c’est l’étude du passé de l’homme à travers des traces écrites, matérielles ou immatérielles.

Apprendre l’histoire de son pays permet de comprendre comment nos ancêtres ont vécu, comment ils se sont organisés et ont travaillé pour améliorer leurs conditions de vie grâce aux progrès des techniques, au développement des sciences et des voies de communication, à l’amélioration des conditions d’habitation et à la généralisation de l’instruction…

L’histoire nous permet de comprendre notre monde actuel, ce qui a précédé, et ainsi de mieux anticiper l’avenir.

3 ¦ L’Âge de la pierre

L’Âge de la pierre taillée est la première période de ce qu’on appelle la Préhistoire. Elle s’étend de plus ou moins 4 000 000 d’années avant J.-C. à 8 000 ans avant J.-C.

Grâce aux ossements et autres vestiges que les archéologues ont trouvé, on sait que la lignée de l’espèce humaine s’est séparée en Afrique, il y a 5 à 7 millions d’années de celle des singes anthropoïdes et qu’il y a 4 millions d’années, l’homme a commencé à marcher debout. Les premiers hominidés sont très différents des êtres humains d’aujourd’hui. Ils sont appelés australopithèques (4 millions d’années à 2 millions d’années). Ils ont évolué pour donner d’abord l’homo habilis (2.3 millions d’années à 1,5 million d’années) que l’on considère comme étant le tout premier humain puis l’homo erectus (1,9 million d’années à 300 000 ans) , puis l’homo sapiens (apparu il y a environ 300 000 ans) dont tous les êtres humains actuels sont les descendants.

C’est donc en Afrique que sont apparus à la fois nos plus lointains ancêtres et les hommes modernes. C’est ce dont témoignent les squelettes d’êtres humains découverts en Tanzanie (dans les gorges d’Olduvaï), au Kenya (garçon de Turkana), en Éthiopie (« Lucy »), en Afrique du Sud (« Little foot ») et au Tchad (« Toumaï »).

L’homme moderne est apparu en Afrique avant de gagner le reste du monde.source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Spreading_homo_sapiens_la.svg

Les humains de l’âge de la pierre  sont des nomades. Cela veut dire qu’ils se déplacent au fil des saisons à la recherche de nourriture et de points d’eau… Pour chasser et pour pêcher, les hommes de l’âge de la pierre  fabriquent des outils et des armes en taillant le bois, la pierre ou les os. Ces outils, servant à leur faciliter le travail, sont de plus en plus sophistiqués comme en témoignent les haches, lames, pointes, flèches, burins, perçoirs, grattoirs, racloirs que les archéologues ont retrouvés. On appelle société de « chasseurs cueilleurs » les sociétés dont le modèle économique se base essentiellement sur l’utilisation des espèces végétales et animales à l’état sauvage. Les êtres humains commencent aussi à échanger leurs produits (« je t’échange ce panier contre 2 poissons … »). C’est ce qu’on appelle le troc.

Vers 7000-6000 ans avant J.-C., l’Afrique est recouverte de savane humide. Avec les désertifications du Sahara et du Kalahari intervenues vers 6000 avant J.-C., certaines communautés de chasseurs cueilleurs se sont sédentarisées et se sont tournées vers la pêche, fondant des villages dans les bassins du Niger, du lac Tchad, du Nil, du Congo et des lacs orientaux. Les plus anciennes traces de la pratique de la pêche se retrouvent le long des cours d’eau depuis le Sahara humide jusqu’en Afrique orientale et australe.

Les bâtons d’Ishango datent de 20 000 ans avant notre ère.source: © Institut royal des sciences naturelles de Belgique

La grande découverte de cette période, c’est le feu. Avec le feu, les hommes peuvent se chauffers’éclairercuire leur nourriture et éloigner les bêtes sauvages.
Les hommes de la Préhistoire ont parfois laissé des témoignages de leur vie sous forme de dessins. Ils ont peint ou gravé des scènes de chasse ou des portraits d’animaux sur les parois de grottes. Ces grottes servaient parfois de lieu d’abris. Il y a très peu de traces de construction des huttes à ces époques de la Préhistoire.

Petit à petit, les outils en pierre deviennent plus petits et plus spécialisés, les hommes commencent à utiliser des arcs et des flèches. On honore aussi les morts, car on a retrouvé des tombes contenant des squelettes datant de cette époque.

En Afrique centrale, on a découvert deux os couverts de marques qui semblent témoigner d’une pensée mathématique, et datent de 20 000 avant notre ère. Ce sont les bâtons d’Ishango. L’hypothèse d’une pensée mathématique existant depuis aussi longtemps en Afrique est controversée. Mais si elle était avérée, cela signifierait que l’Afrique serait la première région du monde à avoir développé une pensée mathématique.

À la fin de cette période, l’être humain ne taille plus seulement ses outils, mais il les polit pour les rendre plus efficaces, plus tranchants, et surtout il commence à fabriquer des récipients en terre cuite. Le tissage des fibres végétales et le tannage des peaux des animaux permettent de fabriquer des vêtements tandis que la vannerie permet la fabrication des paniers qui servent à transporter des objets ou des aliments.

4. Les débuts de l’élevage, de l’agriculture et les premiers villages

En différentes régions du continent, les populations deviennent progressivement plus sédentaires, commencent à pratiquer l’élevage, l’agriculture et forment des premiers villages. Cette période est appelée l’ère de la pierre polie ou aussi néolithique.  Mais un problème se pose pour la périodisation de cette séquence, car ce n’est pas partout en Afrique que se pratique l’élevage, l’agriculture et la formation des premiers villages. Du moins, on constate des transformations importantes chez l’être humain durant cette période. Les familles s’organisent sous la coupe des clans.

Les principaux centres d’élevage se trouvent dans la basse vallée du Nil en Égypte, au Sahara, en Éthiopie et en Afrique orientale.

La domestication des bovins, caprins, porcins, félins et canidés a eu lieu

  • vers 2000 avant J.-C. chez les peuples du Sahara, de la corne de l’Afrique et de l’Afrique orientale,
  • vers 50 avant J.-C. en Afrique australe.

Les éleveurs ont ainsi succédé aux chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Certains chasseurs cueilleurs semblent avoir pratiqué la protoculture, qui consiste à favoriser certains végétaux.

L’agriculture, qui exige que l’on travaille le sol susceptible d’accueillir les cultures, est née simultanément sur plusieurs continents. Elle s’est développée lorsque l’homme a voulu résoudre les problèmes liés à la rareté et l’insuffisance de la cueillette et du ramassage en domestiquant des plantes de manière sélective et systématique. L’agriculture en Afrique a débuté en Égypte vers 5200 av. J.-C., ainsi qu’au nord du Soudan et au Sahara. Elle s’est développée plus tardivement au Sahel, car les premières traces d’agriculture ne semblent pas remonter avant 2400 avant notre ère. Dans le reste du continent, elle s’est  probablement propagée avec les migrations bantoues vers 2000 ans avant notre ère. En Afrique centrale, elle n’est pas apparue avant 500 avant notre ère.

Les hommes de cette époque ont également développé l’arboriculture, cultivant des arbres fruitiers et la sylviculture tirant parti des forêts qui l’entourent (coupe du bois, protection).

Quelques exemples de cultures exploitées dès ces temps anciens :

  • Le sorgho est cultivé comme céréale en Nubie et en Libye vers 500 ans avant J.-C.
  • Le riz africain (oriza glaberima) est cultivé depuis 500 avant J.-C. dans le delta du fleuve Niger, au nord du Mali.
  • Le palmier à huile a été exploité depuis la fin de l’âge de la pierre.
  • La banane est probablement attestée au Cameroun vers 700 avant J.-C.
  • Le millet a été domestiqué vers 2400 avant J.-C. en Afrique de l’Ouest. On le trouve, dès 1700 avant J.-C. dans la région comprise entre la Mauritanie et le nord du Sénégal.
  • L’igname figure parmi les tubercules exploités aux époques préhistoriques en Afrique de l’Ouest et  en Afrique centrale.
  • Le mil qui était cultivé au Mali et au Niger fut envoyé tant en Inde en passant par le Yémen (vers 1 500 avant J.-C) qu’en Afrique du Sud en passant par le Cameroun (de 1 500 avant J.C. à 300 après J.C)
  • les légumineuses (amarantes, hibiscus) et les arbres fruitiers (prunier africain ou safou, cola, élémier d’Afrique, figuier).
Le sorgho est cultivé en Nubie et en Lybie depuis au moins 500 avant notre ère.source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sorgho_Fourrager_(sud_ouesr)_Cl_J_Weber09_(24083883635).jpg

Avec le développement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, les êtres humains s’installent dans des endroits censés leur apporter protection et nourriture. Ils s’organisent en familles et en tribus, mais aussi en groupes. Ils deviennent sédentaires, créent les premiers villages et voient émerger des chefs de groupe ou de village. La situation de ces villages dépend du climat, du relief, de la végétation sauvage qui s’y trouve et des conditions géographiques telles que la présence de points d’eau, d’une vallée inondée, d’un plateau…

Ils deviennent sédentaires, créent les premiers villages et voient émerger des chefs de groupe ou de village. La situation de ces villages dépend du climat, du relief, de la végétation sauvage qui s’y trouve et des conditions géographiques telles que la présence de points d’eau, d’une vallée inondée, d’un plateau…

La sédentarisation a également engendré des transformations importantes au sein des sociétés humaines, en particulier au niveau des systèmes de filiation avec l’apparition du système matrilinéaire et patrilinéaire.

Le regroupement en villages va faire en sorte que de nouvelles techniques se développent et que de nouveaux métiers voient le jour. C’est ainsi que le tissage et le tannage des peaux d’animaux permet de fabriquer des vêtements, la vannerie de fabriquer des paniers qui servent à transporter les aliments et  la poterie, de conserver les aliments (dont les céréales obtenues par la culture), de les cuire et de transporter l’eau. La fabrication de la poterie témoigne de changements dans les pratiques alimentaires. La découverte de la poterie en Afrique remonte à 9500-9000 ans avant J.-C. Les plus anciennes céramiques ont été découvertes dans la région de l’Aïr au Niger, dans les massifs montagneux du Sahara central et méridional, ainsi que dans l’actuelle Libye.

Des outils agricoles pour faciliter l’agriculture tels que les herminettes et les houes apparaissent

Désormais, il y a des agriculteurs, des éleveurs, des potiers dans les communautés … Et comme chaque personne se spécialise dans un métier, l’offre des échanges se diversifie.

5 ¦ L’Âge des métaux

La période suivante à l’âge de la pierre est marquée dans certaines régions par l’apparition du travail du métal, mais surtout par l’invention de l’écriture  (vers 3 300 avant J.-C.) en Mésopotamie puis en Égypte (vers 3 000 avant J.-C.). Cette écriture qui a pris, selon les régions, différentes formes (idéogrammes, hiéroglyphes des égyptiens, écriture cunéiforme des Sumériens, écriture grecque…) est, à ses débuts, rudimentaire. En effet, les êtres humains, pour faciliter les échanges et la transmission du savoir, le commerce et la communication, se mettent d’accord pour représenter tel objet par tel signe et tel autre objet par un autre. Il s’agit surtout au début de dessins facilement compréhensibles représentant des objets, des idées, ou des personnes.

La métallurgie (le travail du fer), qui remonte à 1500 ans avant J.-C.  chez les Hittites a permis la production d’outils qui ont facilité la pêche et l’agriculture augmentant ainsi les rendements agricoles et la prise de poissons.

Elle permet également la production d’armes de chasse et de guerre ainsi que d’objets d’apparats, de parures ou des objets facilitant les activités quotidiennes. Selon les régions, il y a d’abord eu le travail du cuivre, puis du bronze et enfin celui du fer.

Sur le continent africain, l’origine du travail de réduction du fer est une question épineuse.

Il y a des attestations de la métallurgie du fer le long du Nil, mais aussi : 

  • au XVIe siècle avant J.-C. dans la région du Niger.
  • au IXsiècle avant J.-C. en Afrique centrale et orientale.
  • entre les VIIIe et Ve siècles avant J.-C. en Afrique de l’Ouest.
  • vers le VIIe siècle avant J.-C. dans la région des Grands Lacs.

Au départ, un seul foyer habité par une famille, la vie en communauté de ces hommes a engendré les villages. Pour garantir l’harmonie, des chefs de village se sont imposés, et leur lignage a gagné en importance dans la société. Leur rôle est de fédérer les énergies, d’écouter et dissiper les conflits entre les membres de la communauté, ainsi que de dompter et contrôler les forces mystiques et de la nature. L’art et les rites religieux qui s’étaient développés ont joué de plus en plus un rôle significatif dans l’organisation politique.

Un autre besoin au sein de ses sociétés a été le développement de divers instruments monétaires destinés à servir dans le cadre des transactions liées au commerce interrégional et que certains produits, comme le fer, le cuivre, l’or, le sel, le raphia, vu la demande et parfois leur rareté, prirent une importance stratégique. Le contrôle des gisements de salines était très important. En Afrique centrale, le cuivre a été utilisé comme instrument monétaire de même que le raphia. Contrôler les gisements, les circuits de production et de circulation donnaient une importance au village ou la chefferie qui en était le possesseur.

Des lignages et des clans se spécialisent dans certaines activités avec l’apparition des nouveaux métiers : forgeron, potier, sculpteur, tisserand, charpentier, éleveur-agriculteur… Tout cela favorise les échanges et les liens entre villages à travers les relations commerciales, mais également par le biais des mariages et des échanges de marchandises et de savoir-faire créant ainsi une hiérarchisation de la société dans certaines régions

La complexification des systèmes sociaux, due au développement démographique et à l’intensification du commerce sur de vastes régions, entraîna la mise en place d’entités politiques au-dessus des simples regroupements de villages et surtout la mise sur pied d’un système de sécurisation des biens et des personnes sous la bannière d’une entité politique plus ou moins centralisée.

6 ¦ Résumé

  • L’Âge de la pierre taillée (- 4 000 000 ; – 8000) est la première période de la Préhistoire. C’est durant cette période que l‘être humain apparaît en Afrique. Durant cet âge, les humains sont d’abord nomades. Ce sont des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Les êtres humains confectionnent des outils et des armes pour leur faciliter le travail. C’est durant cette période que le feu est apprivoisé.
  • L’Âge de la pierre polie (- 8000 ; – 3300) est la seconde période de la Préhistoire. Les outils sont perfectionnés et polis pour les rendre plus efficaces. L’être humain domestique les animaux, et invente donc l’élevage. Les connaissances sur les végétaux se développent, et l’agriculture apparait. L’être humain devient sédentaire ou semi-nomade. De nouvelles techniques se développent, et de nouveaux métiers apparaissent comme le tannage, ou la poterie. L’alimentation se diversifie et les communautés humaines s’agrandissent.
  • La fin de l’Âge de la pierre polie voit l’apparition du travail du métal, mais également l’invention de l’écriture en Asie (Mésopotamie), et en Afrique (Égypte) vers – 3000. La métallurgie permet de perfectionner armes et outils. Les systèmes sociaux se complexifient à cause de la sédentarisation, et de l’augmentation de la population. Des hiérarchies se créent, et la monnaie est inventée pour faciliter les transactions commerciales.

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Module 1

Par Benjamin Hennon,

Migrations et anciens États d’Afrique

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