Introduction

Léon Tsambu

Dans Histoire de la musique populaire urbaine congolaise, Pages 1-2 (Bokundoli)

HISTOIRE DE LA MUSIQUE POPULAIRE URBAINE CONGOLAISE

Léon TSAMBU

Sociologue, enseignant-chercheur

Université de Kinshasa

E-mail : leon.tsambu@gmail.com

La musique est plus qu’objet d’étude : elle est un moyen de percevoir le monde. Un outil de connaissance. Aujourd’hui, aucune théorisation par le langage ou les mathématiques n’est plus suffisante, parce que trop lourde de signifiants préalables, incapable de rendre compte de l’essentiel du temps : le qualitatif et le flou, la menace et la violence. (Jacques Attali, Bruits. Essai sur l’économie politique de la musique,, PUF,1977, p.9.) 

INTRODUCTION

Conçu dans un cadre purement pédagogique, ce récit consiste à retracer l’histoire de la musique populaire moderne de la République démocratique du Congo (RDC), celle que nous désignons sous le terme générique et affectueux de rumba, concept aujourd’hui imparfait et trop restreint face aux nouveaux genres musicaux (rap, trap, afrobeats, afropop…) qui font partie du patrimoine de variétés  congolaises. Ainsi,  à compter des années 1930 à nos jours, ce texte s’essaie à mettre en exergue les phénomènes sociaux qui soit ont servi de contexte à la naissance de cette musique, soit de point d’appui à son développement et son évolution.

Cette randonnée historique pointe en même temps le curseur sur l’influence que cette musque a exercé sur la société congolaise, africaine,  et mondiale, notamment à travers sa consécration par l’Unesco en l’inscrivant sur la liste du patrimoine mondial immatériel de l’humanité depuis 2021.  C’est pour autant dire combien ce phénomène, qui fait le génie du peuple congolais, mais que d’aucuns par déficit intellectuel qualifieraient de simple activité ludique, est si important et prégnant que l’on doive par devoirs mémoriel, pédagogique et politique enseigner à la fois cet art et son histoire dans les écoles congolaises.

La présente historiographie de la musique populaire urbain congolaise vient donc combler un vide critique qui caractérise les manuels scolaires nationaux.  A ce titre, l’on doit saluer les rares écrits académiques, les chroniques journalistiques et la littérature grand public circulant sur le marché. Et nombre de ces éléments ont servi de sources documentaires à la rédaction de cette historiographie qui restera toujours inachevée et incomplète.

Et  puisque la musique est fille de son temps et de son espace, l’une des approches pour bien élaborer cette historiographie se décline en trois moments épistémologiques. Primo, la mise en exergue du contexte spatio-temporel qui a donné naissance à cet art national ; secundo, le refus d’accorder un statut mou à la musique en lui reconnaissant de l’agencéité, mieux de l’historicité,   pour avoir à son tour généré des comportements ayant servi d’humus à l’histoire sociale, politique, économique et culturelle  de la RDC. Tertio, il faut reconnaître qu’au-delà de ce jeu dialectique entre la musique et la société, la musique elle-même, produit de la société, a sa propre histoire  digne d’un objet de connaissance scolaire.

Le canevas du présent essai comporte à son tour trois axes, à savoir un bref débat conceptuel, suivi de l’histoire de cette musique et,  pour finir, d’une conclusion.