Personnages Historiques

1934 (Nigéria)

Wole Soyinka

Wole Soyinka, né le 13 juillet 1934 à Abeokuta au Nigeria, est un écrivain, dramaturge, poète et metteur en scène nigérian. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1986, il est le premier auteur noir à en être honoré. Dramaturge de génie enraciné dans la mythologie yoruba, polémiste redoutable et résistant politique, il aura connu la prison, l’exil et la condamnation à mort

Wole Soyinka est né le 13 juillet 1934 à Abeokuta au Nigéria, d’une mère commerçante politisée, engagée en faveur des droits des femmes, et d’un père prêtre anglican et directeur d’école. Il est le cousin de Fela Kuti, le chanteur et activiste majeur du Nigeria des années 1960-1990. Il grandit entre la religion traditionnelle yoruba de son père et l’anglicanisme de sa mère. Ce mélange culturel, loin de le déchirer, devient la matrice même de sa création : toute son œuvre cherchera à tisser des liens entre la tradition africaine et les formes artistiques modernes, entre Euripide et les rituels yoruba, entre Brecht et le théâtre de masques. Après des études universitaires à Ibadan et à Leeds, il est accepté au Royal Court Theatre à Londres en 1958-1959. Ce haut lieu du théâtre brechtien britannique achève de former un dramaturge qui sera à la fois héritier des deux traditions.

De retour au Nigeria, il fonde plusieurs troupes théâtrales dont « 1960, Masks drama troupe », et impose d’emblée un théâtre africain original, nourri des mythologies yoruba et de la pensée de Nietzsche. En 1962, il oppose au célèbre concept de Négritude, fondé par Césaire et Léopold Sédar Senghor, le concept de « tigritude », à propos duquel il dira : « un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore. » Ce geste intellectuel résume une vision de l’identité africaine moins portée sur l’affirmation rhétorique que sur l’action créatrice. Pendant la guerre civile nigériane (1967-1970), Soyinka, qui ne soutient pas le régime sécessionniste biafrais mais souhaite favoriser les médiations pacifiques, est emprisonné par le gouvernement fédéral pendant plus d’un an et demi. Il raconte cette détention dans Cet homme est mort, texte sobre et fulgurant sur la résistance intérieure.

En 1975, il fait paraître son chef-d’œuvre La Mort et l’Écuyer du roi, tragédie nigériane dans laquelle il aborde les thèmes du colonialisme, du racisme et du relativisme culturel, mélangeant l’anglais et le yoruba, et imprégnant le texte de rythmiques issues des tambours traditionnels de la culture yoruba. Son œuvre est couronnée en 1986 par le Prix Nobel de littérature. Il se rend à la cérémonie de remise du prix en costume traditionnel et en fait une tribune contre l’apartheid en Afrique du Sud, en prononçant un discours en faveur de la libération de Nelson Mandela, alors toujours emprisonné par le pouvoir blanc de Pretoria. En 1994, il est contraint à l’exil après avoir été condamné à mort par le gouvernement de Sani Abacha. Il ne peut rentrer au pays qu’après la mort du dictateur, en 1998. Toujours actif à plus de nonante ans, Soyinka continue d’être une conscience politique et littéraire incontournable, dont la formule reste le meilleur programme : « L’homme meurt en tous ceux qui se taisent devant la tyrannie. »

Sources :

  • Biodun Jeyifo, Wole Soyinka : Politics, Poetics and Postcolonialism, Cambridge University Press, 2004.
  • Wole Soyinka, Cet homme est mort, trad. fr. Belfond, 1986.