Personnages Historiques

1947 — 1995 (Congo-Brazzaville)

Sony Labou-Tansi

Sony Labou Tansi, de son vrai nom Marcel Ntsoni, né à Kimwenza (région de Léopoldville) le 5 juillet 1947 et mort à Brazzaville le 14 juin 1995, est un écrivain congolais des deux Congo, né au Congo belge et mort en République du Congo. Romancier, dramaturge et poète, il est l’une des voix les plus fulgurantes et les plus libres de la littérature africaine francophone du XXe siècle. Sa « carte de visite » énonçait son projet de vie en deux mots : « Métier : Homme. Fonction : Révolté. »

C’est à Kimwanza qu’il passe son enfance, auprès de sa grand-mère, qui l’a familiarisé avec les traditions et les légendes proliférantes du vieux fonds culturel bantou. Aîné de sept enfants, Marcel Ntsoni apprend le français à l’école, puis étudie à l’École Normale Supérieure d’Afrique centrale (ENSAC). À partir de 1971, il enseigne le français et l’anglais à Kindamba puis à Pointe-Noire. Ces années d’enseignement dans les régions du Congo l’ancrent dans les réalités sociales d’un pays pris en tenaille entre les promesses de l’indépendance et les dérives du parti unique. C’est dans ce terreau de désillusion et d’urgence qu’il commence à écrire, poussé par ce qu’il appelle lui-même une nécessité organique : « les choses viennent du ventre. »

À la publication de son premier roman en France en 1979, il choisit pour pseudonyme Sony Labou Tansi, en hommage à Tchicaya U Tam’si. Ce roman, La Vie et demie, est une satire féroce de la dictature africaine, se déroulant dans un pays imaginaire — la Katamalanasie — où la violence du pouvoir atteint des dimensions grotesques et métaphysiques. Le roman est salué par la critique internationale au point de faire figure d’œuvre majeure pour toute l’Afrique, aux côtés de Les Soleils des indépendances de Kourouma et du Devoir de violence de Ouologuem. En 1980, il prend la direction d’une troupe qui devient le Rocado Zulu Théâtre — ce nom est presque une devise à l’africaine, pour dire le désir d’un théâtre résistant comme le rocher et ardent comme le héros zoulou Chaka. Ce théâtre enraciné dans les rituels kongo et porté par une langue inventive, décapante et drôle, sera joué à Brazzaville, Dakar, Paris, New York et dans tout l’espace francophone.

Sony Labou Tansi a publié six romans — de La Vie et demie (1979) au posthume Le Commencement des douleurs (1995) —, ainsi qu’une œuvre théâtrale foisonnante. En 1994, il est radié de la fonction publique et son passeport lui est retiré à la suite de son opposition politique au président Pascal Lissouba. Il meurt à l’âge de 47 ans le 14 juin 1995, trois jours après son épouse Pierrette. Après sa mort, il y eut un petit purgatoire ; puis peu à peu sa notoriété s’élargit au-delà du public habituel de la littérature africaine. Aujourd’hui, il apparaît comme un grand écrivain qui dépasse de loin les frontières du Congo et de l’Afrique. Depuis 2003, un prix littéraire portant son nom est décerné à des pièces de théâtre francophones.

Sources :

  • Nicolas Martin-Granel & Julie Peghini (dir.), La Chair et l’Idée, Les Solitaires Intempestifs, 2015.
  • Céline Gahungu, Sony Labou Tansi. Naissance d’un écrivain, Classiques Garnier, 2019.