Personnages Historiques

1908 — 1960 (Etats-Unis)

Richard Wright

Richard Nathaniel Wright, né le 4 septembre 1908 à Roxie, près de Natchez (Mississippi), et décédé le 28 novembre 1960 à Paris, est un romancier, essayiste et journaliste afro-américain naturalisé français. Petit-fils d’esclave, il est le premier écrivain noir américain à atteindre un succès de masse avec son roman Un enfant du pays (Native Son, 1940), et l’un des pionniers de la littérature antiraciste et anticoloniale du XXe siècle.

Né dans une famille d’origines mêlées — africaine-américaine, blanche et amérindienne Choctaw — dans une plantation du Mississippi, l’un des États les plus ségrégationnistes des États-Unis, Wright connaît une enfance marquée par l’instabilité, la pauvreté et la violence raciale. Abandonné par un père alcoolique et élevé par une mère puritaine dans un fort climat de ségrégation, il commence à écrire dès l’adolescence, publiant à quatorze ans une nouvelle dans un journal local sur l’injustice faite aux Noirs américains. Il migre vers le Nord, d’abord à Memphis puis à Chicago, où il s’engage dans le mouvement ouvrier et adhère au Parti communiste, avant de s’en distancier au début des années 1940, déçu par son indifférence à la question raciale.

Son roman Native Son (1940) dépasse la protestation naturaliste par un symbolisme intense, donnant naissance au personnage de Bigger Thomas, devenu l’un des archétypes du Noir révolté. L’ouvrage est un véritable coup de maître : rupture de stock en librairie en quelques heures, plus de 200 000 exemplaires écoulés en moins de trois semaines. En 1945, Black Boy, récit autobiographique de son enfance dans le Sud ségrégationniste, traduit en vingt langues, confirme sa stature internationale. Ces deux œuvres fondatrices font de lui une voix incontournable de la conscience noire américaine. 

En quête de liberté d’expression, il décide en 1946 de fuir le climat hostile des États-Unis pour rejoindre la France avec sa femme et sa fille. À Paris, il fait la connaissance de Jean-Paul Sartre et d’Albert Camus, dont l’existentialisme nourrit son roman Le Transfuge (The Outsider, 1953). Naturalisé français, il s’engage aux côtés des mouvements de décolonisation et milite pour l’indépendance des peuples colonisés. Son itinéraire intellectuel, qui passe du marxisme à l’existentialisme puis à un internationalisme centré sur le Tiers Monde, fait de lui l’un des écrivains afro-américain le plus important de sa génération. Il s’éteint à Paris en 1960, à l’âge de 52 ans, laissant une œuvre dont l’influence sur les lettres noires mondiales — de James Baldwin à Frantz Fanon — reste considérable.

Sources :

  • Michel Fabre, La Rive noire : de Harlem à la Seine, Lieu Commun, 1985.
  • Kenneth Kinnamon & Michel Fabre (dir.), Conversations with Richard Wright, University Press of Mississippi, 1993.