1887 — 1960 (Martinique)
René Maran
René Maran, né à Fort-de-France (Martinique) le 5 novembre 1887 et mort à Paris le 9 mai 1960, est un écrivain martiniquais. Il est lauréat du prix Goncourt en 1921 pour son roman Batouala, dont la préface dénonce la façon dont les territoires colonisés et leur population sont gérés. Il est le premier écrivain noir à recevoir cette distinction.
Bien qu’officiellement né à Fort-de-France, René Maran voit en réalité le jour sur le bateau amenant ses parents de la Guyane à la Martinique. Il est amené à vivre dès ses sept ans à Bordeaux, lorsque ses parents partent pour le Gabon, où son père doit occuper un poste dans l’administration coloniale. Élevé dans la solitude des internats bordelais, il se forme au lycée Montaigne, où il noue une amitié durable avec Félix Éboué, futur héros de la Résistance. C’est dans ces années de formation qu’il découvre la littérature et commence à écrire, avant de rejoindre à son tour l’administration coloniale française en Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaine.
C’est depuis ce poste, au cœur de l’Afrique équatoriale, qu’il rédige Batouala — Véritable roman nègre, qui décrit la vie d’un village africain du point de vue de son chef. Lorsque le prix Goncourt lui est attribué en décembre 1921, René Maran se trouve encore en Oubangui-Chari et n’en reçoit l’information que trois jours plus tard, par télégramme. La nouvelle fait scandale : considéré comme un « nègre antifrançais » et un « traître à la patrie », il est contraint à la démission en 1924. Dans la préface du roman, il dénonçait pourtant non pas le fait colonial lui-même, mais ses abus — la vente des femmes pour payer l’impôt, les conditions de vie des colonisés, la violence des colons —, suffisant néanmoins à déclencher une polémique qui dure plusieurs années.
De retour à Paris, Maran fréquente le salon de Paulette Nardal à Clamart, où il fait la connaissance de Léopold Senghor, Aimé Césaire ou encore Jean Price-Mars. Considéré comme un précurseur de la Négritude, il reste pourtant une figure en marge du mouvement. Il publie plus de vingt livres entre 1912 et 1958, romans africains, récits animaliers et œuvres intimes, dont Un homme pareil aux autres (1947), texte personnel sur les amours interraciales et le poids du regard colonial. Figure longtemps éclipsée par les grandes voix de la Négritude, René Maran est aujourd’hui reconnu comme l’une des premières plumes noires à avoir introduit des héros africains dans la littérature francophone et à avoir osé nommer, depuis l’intérieur même du système colonial, les violences de l’Empire.
Sources :
- Femi Ojo-Ade, René Maran, The Black Frenchman : A Bio-critical Study, Three Continents Press, 1984.
- Lilyan Kesteloot, Les Écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Institut de Sociologie de l’ULB, 1963.



