Arts et mémoire

 (Mali)

Massa Makan Diabaté, "Le lieutenant de Kouta", 1979 ; "Le coiffeur de Kouta", 1980 ; "Le boucher de Kouta", 1982.

Cette chronique a été rédigée en 2009 par Bernard Magnier dans le cadre du projet littafcar initié par l’ONG CEC (Coopération Education Culture).

Massa Makan Diabaté, « Le lieutenant de Kouta », Editions Hatier, collection « monde noir poche », 1979.
Massa Makan Diabaté, « Le coiffeur de Kouta », Editions Hatier, collection « monde noir poche », 1980.
Massa Makan Diabaté, « Le boucher de Kouta « , Editions Hatier, collection « monde noir poche », 1982.

Situés dans un même lieu et avec quelques personnages récurrents, Le lieutenant de Kouta, Le coiffeur de Kouta, Le boucher de Kouta constituent une trilogie romanesque dont les intrigues sont totalement distinctes et peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Ces trois savoureux romans offrent une chronique plaisante de la vie quotidienne d’une petite ville du Mali.

              Le lieutenant est un personnage de retour des guerres coloniales qui s’en revient s’installer dans sa ville d’origine.  S’il peut, quelques temps, faire illusion et impressionner grâce à son passé militaire, ses façons de faire et son comportement autoritaire et antipathique vont rapidement le rendre très impopulaire. Ses frasques, ses forfanteries et ses errements lui attirent, peu à peu, l’hostilité de ses concitoyens. De plus, son aura est en large partie ternie par une blessure fort mal placée infligée par la morsure d’un chien…

              Le coiffeur de Kouta conte avec humour le bouleversement considérable occasionné par l’arrivée d’un second coiffeur dans la petite ville. Lieu de convivialité et d’échanges, l’échoppe du coiffeur (même lorsque celle-ci est réduite à l’espace situé au pied d’un arbre) est propice à la confidence mais aussi aux propos à l’emporte pièce et aux querelles de clochers, ici, plus précisément, de… minarets.

              Dans Le boucher de Kouta, sans doute le plus grave des trois romans, un héritier du commerce familial, se montre rebelle aux pratiques fiscales en cours et, durant une famine, survenue lors d’un coup d’état, fait une lecture très « personnelle » des textes religieux afin de nourrir ses clients en leur vendant de la viande proscrite…

              Trois romans réunis dans une même ville et autour d’une même population. Trois romans qui voient l’arrivée d’un nouveau venu, perturbateur à des titres divers de l’ordre traditionnel. Le propos est plaisant, alerte et teinté d’un humour, à la fois tendre et caustique.

              Massa Makan Diabaté (1938-1988), issu d’une famille de griots, a consacré une  large partie de son oeuvre à la transcription et à la traduction de textes traditionnels appartenant au patrimoine oral. Il a ainsi publié Janjon et autres chants populaires du Mali ou, pour le théâtre, Le lion à l’arc.  Avec sa trilogie romanesque, il a offert une agréable occasion d’appréhender le quotidien de la vie d’une petite ville du Mandingue, avec les faits et gestes de chacun, les grandeurs et les petitesses des uns et des autres, les chamailleries minuscules et les grandes querelles.  Son propos est conté dans une langue vivante et imagée qui emprunte beaucoup à sa langue maternelle, le malinké, dont il émaille ses textes et qui leur confère une incontestable authenticité. Sur un mode plus grave mais avec néanmoins de nombreux parallèles possibles, Massa Makan Diabaté a également rapporté une circoncision, vue à  travers le regard et les mots d’un adolescent, dans un récit intitulé Comme une piqûre de guêpe.