Personnages Historiques

1906 — 2001 (Sénégal)

Léopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor, né le 9 octobre 1906 à Joal (Sénégal) et mort le 20 décembre 2001 en France, est un homme d’État sénégalais, poète, écrivain et premier président de la République du Sénégal. Cofondateur du mouvement de la Négritude aux côtés d’Aimé Césaire et de Léon-Gontran Damas, théoricien de la francophonie et de la « Civilisation de l’Universel », il est l’une des figures les plus complexes du XXe siècle africain : à la fois chantre de l’identité noire et homme profondément façonné par la culture française. 

Né à Joal, petite ville côtière au sud de Dakar, dans une famille catholique aisée appartenant à l’aristocratie sérère du Sénégal, Senghor montre très tôt des aptitudes exceptionnelles qui lui ouvrent les portes des meilleures institutions. C’est avec son baccalauréat et une bourse d’études en poche qu’il rejoint Paris en 1928. Entré en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand, il rencontre Georges Pompidou, avec qui il se lie d’amitié, mais aussi Aimé Césaire, avec lequel il forge le mouvement de la Négritude. Il est reçu à l’agrégation de grammaire en 1935, devenant ainsi le premier Africain agrégé de l’Université française — une consécration qui n’entame pas sa révolte contre l’ordre colonial, bien au contraire.

Mobilisé en 1939, fait prisonnier en juin 1940, il participe à la Résistance dans le Front national universitaire, avant d’occuper, de 1944 jusqu’à l’indépendance du Sénégal, la chaire de langues et civilisation négro-africaines à l’École nationale de la France d’outre-mer. Parallèlement à cette carrière universitaire et politique, il publie une œuvre poétique majeure — Chants d’ombre (1945), Hosties noires (1948), Éthiopiques (1956) — où la langue française est travaillée de l’intérieur par les rythmes, les images et la mémoire du monde sérère et africain. Sa poésie, fondée sur le chant de la parole incantatoire, est construite sur l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences. 

Premier président de la République du Sénégal en 1960, il gouverne le pays jusqu’en 1980, avant de démissionner en faveur de son premier ministre. Son bilan politique est nuancé : malgré un bilan mitigé, il a fait du Sénégal l’une des rares démocraties d’Afrique n’ayant jamais connu de coup d’État.  Admiré pour avoir incarné le dialogue des cultures et critiqué pour sa proximité avec l’ancienne puissance coloniale, Senghor demeure une figure incontournable et débattue des lettres et de la politique africaines du XXe siècle.

Sources :

  • Janet G. Vaillant, Vie de Léopold Sédar Senghor : noir, Français et Africain, Karthala, 2006.
  • Daniel Delas, Léopold Sédar Senghor, le maître de langue, Éditions Aden, 2006.
  • Lilyan Kesteloot, Les Écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Institut de Sociologie de l’ULB, 1963.