1973 (Cameroun/Togo)
Léonora Miano
Léonora Miano, née le 12 mars 1973 à Douala au Cameroun, est une femme de lettres camerounaise d’expression française. Romancière, dramaturge et essayiste, elle est l’auteure d’une vingtaine d’ouvrages. Voix incontournable de la littérature africaine contemporaine, elle est la première écrivaine à avoir nommé et théorisé l’identité « afropéenne » dans le texte littéraire en affirmant la singularité d’une génération noire née entre deux mondes, appartenant pleinement à chacun.
À 18 ans, en 1991, elle s’installe en France, d’abord à Valenciennes puis à Nanterre, pour étudier la littérature américaine. Cette formation l’oriente vers les grandes voix noires anglophones — Toni Morrison, James Baldwin, Ralph Ellison —. Ses écrits sont profondément ancrés dans son expérience personnelle et culturelle, abordant des questions de race, de genre et d’exil, s’interrogeant sur la place des Noirs dans la société contemporaine. Ses récits sont souvent influencés par son histoire familiale et les rituels africains, créant ainsi une fusion entre tradition et modernité. Ce positionnement — ni purement africain ni purement européen — deviendra la signature d’une œuvre qui refuse toutes les assignations.
Sa première œuvre, L’Intérieur de la nuit, connaît un bon accueil de la critique francophone et reçoit six prix. Le magazine Lire le qualifie de meilleur premier roman de l’année 2005. Son deuxième roman, Contours du jour qui vient, reçoit en novembre 2006 le prix Goncourt des lycéens. Ces deux premiers romans, tous deux ancrés dans une Afrique subsaharienne traversée par la violence postcoloniale et les crises politiques, imposent d’emblée une écriture exigeante et une vision du monde sans concession. En novembre 2013, Léonora Miano remporte le prix Femina pour La Saison de l’ombre, qui raconte le début de la traite des Noirs. Ce roman, raconté du point de vue de celles et ceux qui restent — les mères, les anciens, les communautés dévastées —, restitue une mémoire longtemps tue depuis l’intérieur du continent africain lui-même.
Léonora Miano est la première auteure de fiction à désigner les identités afropéennes dans le texte littéraire, donnant ainsi une épaisseur à cette nouvelle ethnicité. Son essai Afropea — Utopie post-occidentale et post-raciste (2020) approfondit cette réflexion, rejetant la notion d’identité et d’essence « noire » ainsi que celle de Négritude, et revendiquant plutôt les termes de Subsahariens, Afrodescendants ou Afropéens, comme outil fécond pour parvenir à la création de sociétés plus inclusives et post-occidentales. Elle vit au Togo depuis 2019, où elle fonde The Quilombo Publishing, maison d’édition dédiée aux littératures africaines et afrodescendantes. En 2020, l’Université de Lorraine a créé le prix « Frontières Léonora Miano » en hommage à ses écrits et ses engagements.
Sources :
- Léonora Miano, Afropea — Utopie post-occidentale et post-raciste, Grasset, 2020.
- Éloïse Brezault, Afrique, paroles d’écrivains, Mémoire d’encrier, 2010.
- Nathalie Etoke, Écriture du corps féminin dans la littérature de l’Afrique francophone au sud du Sahara, L’Harmattan, 2010.



