1912 — 1978 (Guyane)
Léon-Gontran Damas
Léon-Gontran Damas, né le 28 mars 1912 à Cayenne et mort le 22 janvier 1978 à Washington, est un poète, écrivain et homme politique. Enfant d’un père guyanais et d’une mère martiniquaise, il grandit au sein de la classe aisée créole. Cofondateur du mouvement de la Négritude aux côtés d’Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, il est souvent la figure la moins célébrée du trio, et pourtant la plus radicale dans sa colère : celle d’un homme aux trois racines — africaine, amérindienne et européenne — qui refuse toute dépossession de soi.
Après une scolarité brillante qui lui permet de poursuivre des études universitaires en droit puis en langues orientales à Paris, il rencontre de nombreux intellectuels et artistes noirs de tous horizons et participe à l’émergence du mouvement de la Négritude. Soumis au cours de son enfance à l’éducation créole qui prétendait transmettre les valeurs françaises, il souffre du désastre que provoque en lui une telle éducation, qui lui inspirera plus tard son célèbre poème Hoquet. C’est dans les salons littéraires parisiens, notamment ceux de Paulette Nardal, et dans les colonnes de revues comme L’Étudiant noir, qu’il forge sa conscience politique et affûte une voix poétique d’une singularité explosive.
En 1937, il publie son premier recueil de poèmes, Pigments, charge frontale contre l’ordre colonial et le racisme, qui est censuré dès sa parution par les autorités françaises.Suivront Black-Label (1956) et Névralgies (1966), qui approfondissent cette poésie de la blessure et de la révolte. Profondément antimilitariste et antifasciste, pendant le régime de Vichy il lutte contre l’occupant nazi aux côtés de résistants tels que Marguerite Duras et Robert Desnos, ce qui lui vaut des difficultés avec la Gestapo, la Milice et la Police française.
À la Libération, il retourne en Guyane et s’engage brièvement en politique, étant élu député de 1948 à 1951, avec un programme articulé autour de la lutte contre l’assimilationnisme et le colonialisme. Il consacre ensuite sa vie à la promotion de la culture noire et du concept de la Négritude à travers le monde, parcourant les États-Unis, le Brésil, Haïti, la Jamaïque, Cuba et une grande partie de l’Afrique, rencontrant des figures comme Langston Hughes, Richard Wright et Frantz Fanon, avant de s’établir comme professeur à l’université Howard de Washington, où il s’éteint en 1978. Figure longtemps minorée au sein même du mouvement qu’il a cofondé, Damas est aujourd’hui reconnu comme une voix importante de la diaspora noire francophone.
Sources :
- Lilyan Kesteloot, Les Écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature, Institut de Sociologie de l’ULB, 1963.
- Biringanine Ndagano & Gervais Chirhalwirwa, Léon-Gontran Damas, poète moderne, Ibis Rouge, 2009.



