Personnages Historiques

1937 — 2023 (Congo-Brazzaville)

Henri Lopes

Henri Lopes, né le 12 septembre 1937 à Léopoldville (Congo belge) et mort le 2 novembre 2023 à Suresnes (France), est un écrivain, homme politique et diplomate congolais (Congo-Brazzaville). Peintre sarcastique des malheurs de l’Afrique postcoloniale, chantre d’une Afrique métissée et d’une langue française en perpétuelle réinvention, il est l’un des grands noms de la littérature africaine. 

Henri Lopes est né le 12 septembre 1937 à Léopoldville, actuelle Kinshasa, alors capitale du Congo belge. Sa généalogie est un roman à elle seule : par sa branche maternelle, il a des ancêtres bantous et gaulois ; par la branche paternelle, une ascendance belge. C’est pourtant sur la rive droite du grand fleuve, au Congo-Brazzaville, qu’il situe ses origines et son identité profonde. Il passe ses années d’écolier à Brazzaville et Bangui et séjourne de 1949 à 1965 à Paris et à Nantes, où il finit en 1963 ses études d’histoire à la Sorbonne. Étudiant à Paris dans les années 1960, il fréquente la librairie Présence africaine où il découvre l’Anthologie de la poésie africaine et malgache de Senghor, qui devient son livre de chevet. Ses premiers écrits sont ainsi imprégnés de l’influence de Senghor, de Césaire, mais aussi d’Aragon.

De retour au Congo-Brazzaville, il embrasse simultanément deux carrières que tout semblerait opposer. Membre du Parti congolais du travail, il est d’abord professeur d’histoire à l’École normale supérieure d’Afrique centrale à Brazzaville, puis directeur général de l’Enseignement. Lorsque les autorités congolaises marxistes lui demandent de justifier ses origines de métis, Lopes répond, en paraphrasant Einstein : « Mes origines, Messieurs, les mêmes que les vôtres : le singe. » Il devient ensuite ministre de l’Éducation nationale, puis ministre des Affaires étrangères, avant d’occuper le poste de Premier ministre de 1973 à 1975. Parallèlement, en 1972, son premier ouvrage, Tribaliques, est couronné par le Grand prix littéraire d’Afrique noire. Ce recueil de nouvelles, qui dresse un portrait acéré des contradictions de l’Afrique indépendante, s’impose immédiatement comme un classique.

En 1982, rompant avec ses précédents romans, Le Pleurer-rire s’impose comme un livre exemplaire du renouveau esthétique du roman africain. Produit de la désillusion des lendemains de l’indépendance, il peint les frasques et les bouffonneries d’un « Maréchal-Président » tyrannique dans une langue truculente, ironique, truffée de « congolismes ». Dans ses romans suivants, Lopes délaisse la satire du pouvoir pour explorer des personnages à l’identité plurielle, tiraillés entre plusieurs continents et plusieurs mémoires. En 1993, l’Académie française lui décerne le Grand prix de la francophonie. De 1998 à 2015, il est ambassadeur du Congo en France, conciliant jusqu’au bout diplomatie et création. 

Sources :

  • Frédéric Turpin, « Henri Lopes, écrivain très politique et grand nom de la littérature africaine et francophone », The Conversation, 2024.
  • Boniface Mongo-Mboussa, Désir d’Afrique, Gallimard, 2002.
  • Henri Lopes, Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois, Gallimard, 2003.