(Antilles)
Daniel Picouly, "Le Champ de personne", 1995.
Cette chronique a été rédigée en 2005 par Bernard Magnier dans le cadre du projet littafcar initié par l’ONG CEC (Coopération Education Culture).
Daniel Picouly, « Le Champ de personne », Flammarion, 1995.
Un terrain vague, un refuge, le lieu des frasques et des escapades d’un gamin en passe vers l’adolescence. C’est autour de cet espace, tout à la fois réel et magique, que Daniel Picouly, qui est né en banlieue parisienne d’un père antillais et d’une mère originaire du Morvan, nous conte, dans un roman autobiographique, tendre et nostalgique, Le Champ de personne, son monde d’enfance, avec ses anecdotes et ses évocations souvent dictées par le souvenir des parents disparus.
Un terrain vague, un refuge, le lieu des frasques et des escapades d’un gamin en passe vers l’adolescence. C’est autour de cet espace, tout à la fois réel et magique, que Daniel Picouly, qui est né en banlieue parisienne d’un père antillais et d’une mère originaire du Morvan, nous conte, dans un roman autobiographique, tendre et nostalgique, Le Champ de personne, son monde d’enfance, avec ses anecdotes et ses évocations souvent dictées par le souvenir des parents disparus.
Onzième enfant d’une famille de treize, né à Villemomble en 1948, Daniel Picouly a ouvert le coffre des souvenirs de famille et les a consignés, comme autant de pièces rares conservées dans la mémoire d’enfance et distillées sans couplet flagorneur ni surenchères émotionnelles mais avec l’évidente sincérité d’un véritable amour filial. Il en ressort un roman, Le Champ de personne, riche de belles traces d’authenticité inscrites dans l’ombre discrète du père et ponctuées d’un incessant dialogue avec la mère, présence tutélaire vigilante des faits et gestes du fiston devenu romancier.
Daniel Picouly est ainsi, lui aussi, à la recherche d’un “temps perdu”, et ses “petites madeleines” ont ici la saveur de la soupe de pomme de terre, du clafoutis brûlé ou du café au lait dont il fait un savant dosage pour retrouver la couleur de la paume de sa main. Il y associe, bien sûr, les souvenirs d’école, depuis les supplices de la dictée jusqu’à la visite médicale et les affres de la cuti ; en passant par les premiers émois vécus en franchissant le “mur des filles”, les collections de voitures Dinky Toys et de petits soldats trouvés dans les paquets de café Mokarex, les récits de la coupe du monde de football de 58 durant laquelle Garrincha était l’ailier droit de l’équipe du Brésil, les dimanches où l’on allait visiter les avions à Orly, privilège insigne puisque son père était chaudronnier à l’aéroport… Tous ces petits faits qui font le quotidien et alimentent les grands souvenirs adultes.
Si les évocations des jardins d’enfance sont souvent l’occasion de propos larmoyants et misérabilistes, Daniel Picouly conte pour sa part, une enfance pauvre mais heureuse, avec juste ce qu’il faut de nostalgie pour montrer qu’elle peut encore être… ce qu’elle était. Ainsi, Le Champ de personne s’inscrit entre La Gloire de mon père et La Guerre des boutons, son héros est une sorte de Petit Nicolas de banlieue qui offrirait aux duretés de la vie, l’insouciance d’un Gavroche sans Thénardier ni barricade et qui aurait avec sa mère, la tendresse de Momo pour Madame Rosa dans La Vie devant soi d’Emile Ajar et recevrait autant d’amour que l’enfant de La Rue cases nègres de Joseph Zobel en recevait de sa grand-mère…
Le Champ de personne est un livre qui recèle tous les parfums d’un premier roman… Un premier roman qui est pourtant le cinquième (Daniel Picouly avait écrit auparavant quatre romans dont deux dans la série noire, Nec et Les larmes du chef) et qui a été immédiatement suivi d’un récit de Noël accompagnant des photographies de Willy Ronis, Robert Doisneau et quelques autres, réunies sous le titre Vivement Noël ! (Hoëbeke). Dans cet album, Daniel Picouly raconte le Noël d’un enfant de 10 ans qui a dû, lui aussi, fréquenter en son temps, Le Champ de personne… Un bel album qui vient heureusement démentir l’affirmation pourtant pleine de bon sens de l’auteur qui déclarait : “Les souvenirs d’enfance font 1m 20 de haut. Impossible plus tard de retrouver le même angle”. Un livre qui vient aussi confirmer les talents d’un écrivain accessible et apprécié d’un large public qui a, depuis lors, poursuivi une carrière littéraire riche de quelques beaux succès, parmi lesquels Fort de l’eau, L’enfant-léopard, prix Renaudot en 1999, ou bien encore Le Cœur à la craie.



