1889 — 1948 (Jamaïque)
Claude McKay
Claude McKay, né le 15 septembre 1889 à James Hill, Clarendon (Jamaïque), et mort le 22 mai 1948, est un poète et romancier jamaïcain, naturalisé américain à la fin de sa vie. Figure centrale de la Renaissance de Harlem et précurseur du mouvement de la Négritude, il est l’un des premiers écrivains noirs à atteindre une audience internationale avec des œuvres qui mêlent lyrisme, colère sociale et errance diasporique.
Cadet d’une fratrie de huit enfants dans une famille relativement prospère qui avait à cœur d’offrir la meilleure éducation possible, le jeune Claude est envoyé à neuf ans chez son frère aîné, instituteur et lecteur assidu. Il attire l’attention de Walter Jekyll, qui l’aide à publier son premier recueil de poésie, Songs of Jamaica, en 1912 — premier recueil comportant des textes écrits en créole jamaïcain. La même année, grâce à une bourse, il part aux États-Unis étudier l’agronomie, mais le choc brutal de la ségrégation raciale du Sud le détourne de cette voie. Il rejoint New York, s’installe à Harlem, et s’engage dans la lutte politique et littéraire. Son poème If We Must Die (1919), écrit en réponse aux violences racistes du « Red Summer », devient l’hymne de la résistance noire, une parole qui résonnera bien au-delà de son époque, jusqu’aux mouvements Black Lives Matter.
Entre 1923 et 1928, McKay séjourne en France, où il écrit ses plus grands romans. À Paris, il fréquente les salons littéraires des sœurs Nardal, foyer de l’internationalisme noir naissant, et croise un jeune Aimé Césaire. À Marseille, immergé dans les diasporas du Vieux-Port, il écrit Banjo (1929), roman qui dépeint la fraternité des travailleurs noirs venus de tous les continents et qui influencera directement les futurs théoriciens de la Négritude. Son premier roman, Home to Harlem (1928), est un best-seller qui lui vaut le Harmon Gold Award for Literature. Son œuvre romanesque, qui s’achève avec Banana Bottom (1933), explore sans relâche les tensions entre identité noire, déracinement et quête d’appartenance.
Considéré comme l’un des écrivains les plus emblématiques mais aussi les plus marginaux de la Renaissance de Harlem, il s’éteint en 1948 dans le dénuement, largement oublié. Son héritage connaît aujourd’hui une renaissance vigoureuse : depuis 2023, une série d’événements intitulée « Les années McKay » marque le centenaire de son séjour en France, réunissant universitaires, artistes et institutions de Paris à Berlin, Londres et aux États-Unis, confirmant la portée universelle et toujours actuelle d’une œuvre longtemps éclipsée.
Sources :
- Wayne F. Cooper, Claude McKay : Rebel Sojourner in the Harlem Renaissance, Louisiana State University Press, 1987.
- Claude McKay, Un sacré bout de chemin (A Long Way from Home, 1937), trad. fr. Éditions André Dimanche, 2007.



