Personnages Historiques

1930 — 2013 (Nigeria)

Chinua Achebe

Chinua Achebe, né Albert Chinụalụmọgụ Achebe le 16 novembre 1930 et mort le 21 mars 2013, est un romancier, poète et critique nigérian considéré comme une figure centrale de la littérature africaine moderne. Son premier roman et chef-d’œuvre, Tout s’effondre (1958), occupe une place pivotale dans la littérature africaine et reste le roman africain le plus étudié, traduit et lu. Premier écrivain africain à renverser de l’intérieur le récit colonial de l’Afrique, il ouvre la voie à des générations entières d’auteurs du continent.

Né le 16 novembre 1930 à Ogidi, dans l’État d’Anambra au Nigeria, il grandit dans une famille chrétienne igbo au croisement de deux mondes. Son père, Isaiah Okafor Achebe, était catéchiste et enseignant, incarnant cette génération africaine prise entre tradition ancestrale et christianisme colonial. Cette dualité culturelle, loin d’être un handicap, devient la source de sa force créatrice : Achebe puise dans les récits oraux de sa grand-mère tout en excellant dans le système éducatif britannique. Grâce à une bourse, il intègre le lycée de l’Umuahia puis l’université d’Ibadan, où il découvre avec stupéfaction que la littérature coloniale — Conrad, Cary — dépeint les Africains comme des sauvages sans histoire ni humanité. Ce choc est l’acte de naissance de sa vocation d’écrivain.

Après l’obtention de son diplôme, il travaille pour le Nigerian Broadcasting Service et attire l’attention internationale avec son roman de 1958, Tout s’effondre. En moins de dix ans, il publiera quatre autres romans chez l’éditeur Heinemann, avec qui il lance la African Writers Series et stimule les carrières d’écrivains africains tels que Ngũgĩ wa Thiong’o et Flora Nwapa. Traduit en quarante-cinq langues et publié à trois millions d’exemplaires, Tout s’effondre raconte la trajectoire tragique d’Okonkwo, guerrier igbo dont le monde bascule sous la pression de la colonisation britannique. Pour la première fois, un roman africain donnait à voir la société précoloniale dans sa complexité, sans idéalisation ni caricature — ni comme le paradis perdu que fantasmait la Négritude, ni comme la barbarie que décrivait la littérature coloniale. 

Fort actif pendant la guerre du Biafra, il s’est rendu aux États-Unis en 1969 pour susciter des appuis pour le Biafra, tout en poursuivant une carrière universitaire commencée à Nsukka en 1967. Son essai Le Monde s’effondre puis, plus tard, L’Image de l’Afrique (1977), charge frontale contre le racisme de Joseph Conrad dans Au cœur des ténèbres, confirment qu’Achebe est autant un penseur politique qu’un romancier. Après avoir enseigné dans de nombreuses universités anglaises, américaines et nigérianes, il est professeur au Bard College, dans l’État de New York, et reçoit le prix britannique Man Booker International 2007 pour l’ensemble de son œuvre. L’influence irrigue toute la littérature africaine contemporaine, de Chimamanda Ngozi Adichie à Nuruddin Farah.

Sources :

  • Ezenha Ohaeto, Chinua Achebe, a Biography, James Currey / Indiana University Press, 1997.
  • Simon Gikandi, Maps of Englishness and Reading Achebe, Columbia University Press, 1991.
  • Chinua Achebe, L’Image de l’Afrique, trad. fr., éditions Actes Sud, 2013.