Personnages Historiques

1946 (Sénégal)

Boubacar Boris Diop

Boubacar Boris Diop, né à Dakar le 26 octobre 1946, est un écrivain et intellectuel sénégalais. Romancier, essayiste, dramaturge et scénariste, il est également journaliste de formation. Figure majeure de la littérature africaine contemporaine, il est l’auteur de Murambi, le livre des ossements (2000), œuvre de référence sur le génocide des Tutsi au Rwanda, et l’un des rares écrivains africains à avoir fait le choix militant d’écrire dans une langue nationale africaine, le wolof, aux côtés du français.

Après des études en lettres et philosophie, Boubacar Boris Diop enseigne dans différents lycées sénégalais avant de devenir conseiller technique au ministère de la Culture du Sénégal. Il se tourne ensuite vers le journalisme, dirigeant le quotidien Le Matin de Dakar et menant une riche carrière journalistique de la fin des années 1970 au début des années 1990. Témoin lucide des bouleversements politiques du continent — indépendances, dérives autoritaires, crises économiques —, il forge dans ces années une écriture exigeante, nourrie d’une double culture littéraire et journalistique, attentive aux marges et aux voix étouffées. 

En 1998, il participe, avec dix autres écrivains africains, au projet « Rwanda : écrire par devoir de mémoire ». De ce séjour d’immersion auprès des rescapés et des bourreaux naît Murambi, le livre des ossements, publié en 2000, salué comme l’un des textes les plus poignants jamais consacrés au génocide de 1994. L’ouvrage s’impose immédiatement comme une œuvre de mémoire collective et lui vaut le Grand prix littéraire d’Afrique noire. À travers ses romans, essais et pièces de théâtre, Diop explore sans relâche les thèmes de la corruption, de la violence politique, de l’identité culturelle et de la résistance des peuples africains face aux héritages du colonialisme et aux dérives postcoloniales.

Depuis quelques années, Boubacar Boris Diop s’est lancé dans la revalorisation des langues nationales africaines en publiant des romans en wolof — Doomi Golo et Bàmmeelu Kocc Barma — et en créant une maison d’édition dédiée à la production littéraire en langues africaines. Ce geste éditorial et créateur constitue un acte de souveraineté culturelle, dans la lignée des réflexions de Ngũgĩ wa Thiong’o sur la décolonisation de l’esprit. En octobre 2022, il est lauréat du 22e prix international Neustadt pour la littérature, consécration mondiale qui confirme la portée universelle d’une œuvre profondément enracinée dans les réalités africaines.

Sources :

  • Jean Sob, L’Impératif romanesque de Boubacar Boris Diop, Éditions A3, Paris, 2007.
  • Lilyan Kesteloot, Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001.