1910 — 1980 (Sénégal)
Alioune Diop
Alioune Diop, né le 10 janvier 1910 à Saint-Louis (Sénégal) et mort le 2 mai 1980 à Paris, est un intellectuel sénégalais qui a joué un rôle de premier plan dans l’émancipation des cultures africaines, fondant notamment la revue Présence africaine. Son rayonnement est à la fois l’un des plus incontestés et l’un des plus discrets dans l’histoire du mouvement émancipateur des peuples noirs qui a si radicalement traversé le XXe siècle.
Fils de postier musulman, né à Saint-Louis du Sénégal, il reçoit l’enseignement coranique pendant sa petite enfance, avant des études primaires à Dagana. Après avoir obtenu son baccalauréat classique au lycée Faidherbe de Saint-Louis en 1931, n’ayant pas obtenu de bourse pour aller en France, il entame des études de lettres classiques à Alger, en 1933. Il rejoint ensuite Paris, où il devient professeur de français au lycée Louis-le-Grand puis chargé de cours à l’École nationale de la France d’outre-mer. Converti au catholicisme, il sert comme représentant sénégalais au Sénat français de 1946 à 1948, et entre ainsi en contact avec les principales figures intellectuelles françaises et francophones africaines. C’est dans ces années d’après-guerre, au cœur d’un Paris où fermente l’idée de décolonisation, que mûrit le projet de sa vie.
En fondant au mois de novembre 1947 la revue Présence africaine, Alioune Diop s’inscrit dans la longue chaîne des identités remarquables qui marque l’histoire de l’émancipation des peuples noirs. Le comité de patronage de la revue comprend Jean-Paul Sartre, Albert Camus, André Gide, Théodore Monod, Aimé Césaire et Michel Leiris. Ce geste, inédit dans son ampleur, consiste à offrir à la pensée africaine et diasporique un espace de dignité et de débat, indépendant de toute idéologie partisane. Renonçant définitivement aux responsabilités politiques après avoir perdu son siège de sénateur en 1948, il étend les activités de Présence africaine à l’édition en 1949, publiant entre autres le romancier Mongo Beti et le poète militant David Diop. La maison d’édition publie également Cahier d’un retour au pays natal de Césaire et, en 1954, Nations nègres et Culture de Cheikh Anta Diop, texte fondateur de la pensée africaine contemporaine.
Depuis 1947, Alioune Diop organise les Congrès des écrivains et artistes noirs — Paris en 1956, Rome en 1959 —, le Festival des arts nègres de Dakar en 1963 et le Festival culturel panafricain d’Alger en 1969. Ces événements, inédits dans leur ampleur, rassemblent pour la première fois des écrivains, artistes et penseurs noirs de tous les continents autour d’une même affirmation : celle d’une civilisation africaine vivante et créatrice. À sa mort en 1980, Léopold Sédar Senghor lui rend un vibrant hommage, le désignant comme un « Socrate noir », plus soucieux d’accoucher les autres que de produire une œuvre personnelle ambitieuse. Innombrables sont les écrivains que Présence africaine révéla : Birago Diop, Bernard Dadié, Sembène Ousmane — et tant d’autres.
Sources :
- Romuald Fonkoua & Valérie Ngongo, « L’unité africaine sans culture ? », Présence Africaine, n°181-182, 2010.
- Alioune Diop, « Niam n’goura ou les raisons d’être de Présence africaine », Présence africaine, n°1, novembre-décembre 1947.



