Personnages Historiques

1927 — 2003 (Côte-d'Ivoire)

Ahmadou Kourouma

Ahmadou Kourouma, né le 24 novembre 1927 à Boundiali en Côte d’Ivoire et mort le 11 décembre 2003 à Bron en France, est un écrivain ivoirien malinké. Son nom signifie « guerrier » en langue malinké. Romancier de la désillusion postcoloniale et chroniqueur implacable des tyrannies africaines, il est l’un des écrivains qui ont le plus profondément renouvelé la langue et la forme du roman africain francophone. 

Appartenant à une famille d’ancienne chefferie, Kourouma aimait à rappeler le souvenir de son grand-père, général du grand Samory, qui avait su organiser la résistance armée à la conquête française. Sous la responsabilité de son oncle Fondio, il fréquente l’école rurale de Boundiali à partir de l’âge de sept ans, puis poursuit ses études à Korhogo, à Bingerville et à l’école technique supérieure de Bamako. Alors qu’il étudie les mathématiques à Bamako, il participe à un mouvement de contestation scolaire. Cela lui vaudra d’être enrôlé dans l’armée française comme « tirailleur », avant d’être envoyé en Indochine à titre disciplinaire. De retour en France après cette guerre qui n’était pas la sienne, il reprend des études à Lyon et devient actuaire — homme de chiffres le jour, homme de mots la nuit.

Après les indépendances, son opposition au régime de parti unique de Houphouët-Boigny l’éloigne à nouveau de son pays. Il connaît la prison avant de partir en exil successivement en Algérie, au Cameroun et au Togo, avant de revenir en Côte d’Ivoire dans les années 1990. C’est dans cet exil forcé qu’il rédige son premier roman. Il présente Les Soleils des indépendances à plusieurs éditeurs français, sans aucun succès. Mais il obtient, sur manuscrit, le prix 1968 de la revue québécoise Études françaises, et le roman est publié par les Presses de l’Université de Montréal, avant d’être repris dès 1970 par les éditions du Seuil. Dès ce premier roman, Kourouma rompt avec l’écriture sage de la première génération d’écrivains africains francophones : la langue française y est malaxée, bousculée, contaminée par les structures du malinké, créant une voix absolument neuve.

En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) transpose en français une forme traditionnelle, le donsomana, ou chant épique célébrant les grands chasseurs. Le roman recompose la vie d’un chasseur devenu par la sorcellerie et la multiplication des assassinats le président d’une imaginaire république du Golfe — dans lequel le lecteur reconnaît sans peine la synthèse de trop réels despotes africains, de Sékou Touré à Bokassa et Mobutu. En 2000, il publie Allah n’est pas obligé, qui raconte l’histoire d’un enfant orphelin devenu enfant soldat au Libéria. Ce livre obtient le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens. Lorsqu’en septembre 2002 la guerre civile éclate en Côte d’Ivoire, l’écrivain déjà malade prend position contre l’ivoirité, « une absurdité qui nous a menés au désordre ». Il s’éteint en décembre 2003, stylo en main, laissant un roman inachevé publié à titre posthume.

Sources :

  • Josias Semujanga & Alexie Tcheuyap (dir.), « Ahmadou Kourouma ou l’écriture comme mémoire du temps présent », Études françaises, vol. 42, n° 3, 2006.
  • Cécile Bishop, « Ahmadou Kourouma », in Dictionnaire des écrivains francophones classiques, Éditions Honoré Champion, 2010.